
Chère amie, en cette fête des mères
Laisse moi te dire des mots tendres, te serrer dans mes bras et te donner un peu d’espoir.
Car il y a des histoires qu’on n’ose pas raconter à voix haute, de peur qu’elles semblent trop lourdes, trop chargées, ou au contraire trop cousues de bonheur pour être vraies. La mienne est malheureusement l’une de celles-là, comme nous sommes si nombreuses.
Je suis née il y a déjà un moment, et suite à çà on m’a donnée, à des gens pas vraiment connus, en orphelinat, puis à nouveaux chez des gens , pour me faire adopter le plus vite possible, parce qu’au fil des transferts je suis tombée très malade. Ma mère biologique avant de me donner, a gardé mon frère,…. mais elle a aussi gardé ma sœur. Mais il n’y avait plus de place pour moi dans son histoire. Alors elle a décidé de ne pas me garder. Je ne sais pas exactement pourquoi, et je ne le saurais jamais vraiment même si quelques éléments expliquent pas mal de choses. Ce que je sais, c’est que cette réalité, simple et brutale dans sa formulation, a longtemps été la première chose que je portais sur moi, comme une étiquette cousue dans le col d’un manteau beaucoup trop grand, pour mon petit coeur d’enfant. Ma mère adoptive m’a dit n’y pense plus, en parlant de ce manteau qu’on m’avait donné, lui aussi, à défaut d’autre chose. Parce qu’eux aussi n’étaient pas prêts…. je suis arrivée trop vite, pas attendue. mon arrivée a mis tout le monde dans la panique.
La fête des mères quand l’histoire est compliquée : un message pour toi
Si je te raconte çà aujourd’hui c’est pour que puisses mieux entendre ce que je vais te dire à présent.
Car encore une fois, je pourrais écrire des pages sur ce que ça fait, de grandir avec cette question dans le ventre. Ce mélange étrange de gratitude envers celles et ceux qui t’ont accueillie, et de douleur sourde pour celle qui t’a laissée partir. Ce besoin de comprendre, que tu refoules parce que comprendre ne changerait rien, et pourtant. Cette question reste ….. dans les moments où tu regardes une photo de famille et où tu te demandes quelle place tu occupes vraiment, si tu appartiens vraiment à ce cadre, ou si tu es encore en train de jouer un rôle qu’on t’a assigné sans te consulter. On pourrait parler de çà en mauvais film Hallmark , mais en ce jour si important, j’ai un message à te faire passer.
Je pourrais bien entendu te dire de te tourner naturellement comme la plupart des gens vers les figures maternelles qui t’ont épaulée à travers ta vie, de regarder en arrière, et de faire la paix dans ton cœur… parce que cette fête, c’est ce qu’elle nous dit… mais pour çà il faut deux personnes prêtes à avancer ensemble, parfois l’une d’elles refuse d’avancer.
Dans mon cas, des années après, quelque chose d’extraordinaire s’est produit. Je suis devenue maman.
Je sais. En le disant comme ça, ça ressemble vraiment à ce fichu film de Noël sur une chaîne câblée, avec de la neige sur le générique et une musique un peu trop sucrée. Mais c’est la vérité…. et la vérité n’a pas besoin d’être entièrement sobre pour être vraie. Parce que dans cette histoire il y a eu un avant et un après, et des allers-retours qui continuent de faire la navette entre passé présente et futur. Et dans cet après, j’ai commencé à comprendre des choses que je n’aurais jamais pu apprendre autrement qu’avec le temps, la foi dans demain et l’espoir de jours meilleurs.
Alors aujourd’hui, en ce jour de fête des mères, je veux t’écrire. À toi. Toi qui lis ces mots et qui as peut-être, toi aussi, une histoire compliquée avec cette journée. Toi qui n’es peut-être pas sûre de comment la traverser, de vers qui te tourner, de quoi ressentir. Toi qui portes en toi cette petite fille que tu as été, qui aurait eu besoin de plus, et qui fait pourtant de son mieux, chaque jour, pour être présente.
Tu es déjà une mère, même si tu ne le sais pas encore
La fête des mères, dans son sens le plus attendu, nous invite à nous tourner vers les figures maternelles qui nous ont portées. C’est naturel. C’est même beau, MAIS quand ça se passe bien. Regarder en arrière, reconnaître ce qu’on a reçu, faire la paix avec ce qu’on n’a pas eu c’est un travail noble, nécessaire et porteur d’énergie pour demain. Mais ce chemin il peut être parfois douloureux, long, insidieux et source de questionnement…. Et si tu en es là aujourd’hui, si ce chemin là est celui que tu parcours, il est juste, car c’est le tien.
Et si tu es quelqu’un qui vit sa maternité, qui la construit, qui la désire, qui la cherche encore, si tu es cette femme en train de devenir ou de rêver de devenir mère alors je veux te dire autre chose. Ne cède pas ce jour-là, ne laisse pas la douleur de l’histoire le réduire à une plaie à rouvrir chaque année. je sais que c’est très dur à faire car j’en suis encore là des années çà va parfaitement bien et d’autres c’est dur. très dur…. Parce que la fête des mères arrive juste avant mon anniversaire.
Petite maman vient dans mes bras. Prends le temps qu’il te faut, prends le temps de pleurer, mais continue de regarder devant toi. Regarde dans ton cœur. Et serre fort la maman que tu es déjà en train de devenir. Que ton bébé soit là ou pas, tu es cette maman avec le cœur ouvert et généreux qui veut le meilleur partout, qui veut la paix et l’amour .
Ce que je vais te dire peut être très dur, mais il n’y a pas de justice dans ces histoires, certaines sont nées pour être mère et n’auront pas la chance d’avoir des enfants, certaines ne sont pas faites pour devenir maman et se retrouveront dans cette position…. Mais on ne devient pas mère le jour de l’accouchement, ni le jour de l’adoption, ni le jour où la loi dit que tu l’es officiellement. On le devient bien avant. On le devient au moment où l’on commence à vouloir être là pour quelqu’un d’une manière totale, inconditionnelle, désintéressée. Quand on commence à se battre pour que quelqu’un d’autre se sente moins seul. Quand on offre ce qu’on aurait voulu recevoir, simplement parce qu’on sait à quel point ça manque quand on ne l’a pas eu.
Tu es peut-être cette personne dans ta famille, dans ton cercle d’amis, dans ta façon d’être au monde. Cette présence que les autres cherchent quand tout va mal. Cette voix douce dans la tempête. Ce repère qu’on n’explique pas mais qu’on reconnaît. Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas non plus une compensation de je ne sais quel syndrome qu’on veut te coller en totue bienveillance. C’est juste toi, ton identité profonde, celle que tu es. C’est ce que tu portes depuis longtemps, avant même de lui avoir donné un nom, cette lumière de tendresse.
Nos parcours sont rarement lisses, même si nous pouvons parfois en donner l’illusion. Ils sont cabossés, contradictoires, pleins de détours. Il y a des deuils qu’on n’a pas faits, des colères qu’on a ravalées et qu’on aurait pas dû, des statuts quos maintenant par habitude, des larmes qu’on a gardées pour la douche parce qu’on ne voulait pas inquiéter les autres. Il y a des moments où l’on se demande si on est vraiment à la hauteur, si on n’est pas en train de reproduire quelque chose qu’on a juré de briser. C’est le paradoxe cruel de ceux qui ont grandi dans le manque : ils veulent tellement bien faire qu’ils se jugent sévèrement à chaque faux pas. Si c’est ton cas, je te vois petite maman, et tu sais quoi? Tu fais ce que tu peux et c’est déjà plus que le minimun.
La maternité, ce n’est pas la recherche de perfection, c’est une question de présence
Ce que m’ont appris mes enfants, c’est que ma volonté de bien faire est déjà immense. Elle ne garantit pas la perfection, parce que la perfection n’existe pas et n’a jamais été le but. Mes fils croient que je suis parfaite et sont très étonnés quand je leur dis que je ne le suis pas et que je fais beaucoup d’erreurs. Parce que cet honnêteté envers eux, me garantit quelque chose de bien plus précieux, la confiance dans ma présence et ma constance, dans leurs erreurs. L’amour qui ne dépend pas des conditions, de l’humeur du jour, de ce que tu as accompli ou raté. L’amour qui dit, simplement : je suis là. Et je serai encore là demain, parce que moi aussi je fais de mon mieux et ensemble il n’y a rien qu’on ne puisse résoudre ensemble.
C’est ça qui compte à la fin.
Ce n’est pas d’être partout à la fois, de tout contrôler, de tout anticiper, comme je l’ai cru au début, portée par la peur. J’ai mis énormément de temps à le comprendre, moi qui portais en moi cette anxiété de maman poule, cette peur viscérale de ne pas en faire assez, de rater quelque chose d’essentiel, de perdre mes enfants, de les abimer . Mais j’apprends, j’apprends surtout à lâcher, à leur faire confiance. À comprendre que mon rôle n’est pas de remplir tous les espaces autour d’eux, mais de leur donner un sol suffisamment solide pour qu’ils puissent, eux, aller explorer leurs propres espaces, et les laisser partir vers leur avenir, vers leurs amitiés, leurs erreurs, leurs découvertes, leurs voyages intérieurs. Et leur assurer, sans qu’ils aient besoin de le vérifier à chaque instant, qu’il y aura toujours des bras ouverts en cas de chute, et quelqu’un quand ils se retourneront pour voir si je suis là.
C’est la chose la plus solide que tu puisses leur offrir, loin de la perfection, de l’absence de conflits ou de ratés. Cette solidité essentielle celle d’être leur point fixe dans le mouvement de leur vie.
J’ai décidé, il y a quelques années, de tracer mon chemin loin de tout ce qui m’avait précédée. Non pas dans la colère, non pas dans le déni, mais dans une volonté tranquille (idéalement) et déterminée de faire autrement, de briser les schémas qui m’avaient été donnés sans mon consentement. De construire, pierre par pierre, quelque chose de différent, pas parfait, jamais parfait, mais juste différent. D’être ce refuge, cet endroit où mes enfants sauraient, même dans les moments difficiles, que quelqu’un pense à eux, que quelqu’un sera toujours là.
Et chaque jour, même les jours difficiles, même les jours où je doute, même les jours où le quotidien est stressant et dur et va à mille à l’heure , chaque jour, je choisis cette voie, voix, parce que c’est la chose la plus importante que j’aie jamais décidé de faire de toute ma vie.
Alors à toi, petite maman, future maman, maman dans le dur, ou maman dans ton cœur, celle qui n’a pas encore le titre officiel, ou qui l’a déjà mais qui porte déjà tout l’amour qu’il faut.
Je veux que tu saches que ton parcours chaotique ne te définit pas. La petite fille en toi, celle qui n’a pas reçu ce dont elle avait besoin, mérite d’être vue, entendue, et accueillie avec douceur, par toi-même, avant tout. Mais elle n’est pas toute l’histoire, elle n’est que le début de la suite, le reste est à construire.
Tu es extraordinaire. Merci d’être la maman que tu es. Merci de répandre autant d’amour autour de toi, même quand tu ne te sens pas vue. Merci de continuer à avancer, les mains dans la terre, le cœur ouvert, même quand le chemin est abrupt.
En cette fête des mères, je te souhaite un cœur apaisé. Un cœur tendre. Un cœur amoureux de tes enfants, de la vie, et un tout petit peu de toi-même aussi, parce que tu le mérites plus que tu ne le crois.
Avec tout mon amour

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