
Il y a quelque chose que j’ai remarqué au fil des années et que je n’ai jamais remis en question jusqu’à aujourd’hui. On attend souvent la chance comme un coup de foudre, quelque chose d’évident qui va forcément dans notre sens où en notre faveur. La définition exacte dans le Larousse, c’est » un hasard favorable (Bonne fortune). On peut donc le décrire comme un événement heureux qui arrive sans qu’on puisse le lier directement à une action volontaire de notre part. L’idée classico-classique quel ‘on imagine c’est le fameux train avec l’enchainement d’évènements qui suit. On rate le train qui devait nous amener à un entretien, mais sur le chemin du retour on tombe sur une personne qui nous propose une solutions, une opportunité, une main tendue… Ou plus simple un train qu’on devait rater et qui par miracle et aussi en retard, une porte fermée qui s’ouvre d’un coup, une carte quelconque retrouvée, des petits rien qui changent beaucoup de choses. Mais avec le temps et le fil des saisons, je me suis penchée un peu sur le problème. Les grands coups de théâtre comme çà j’en ai pas eu beaucoup dans ma vie au contraire, souvent quand quelque chose de bien m’arrive, quelque chose d’autre s’occupe de restaurer l’équilibre. … La vraie chance malheureusement ne frappe pas toujours à la grande porte de ceux qui l’attendent en amie. Parfois, et même le plus souvent, elle se dissimule à nos yeux dans un projet qui vacille, dans une déviation imprévue, ou ….au cœur d’un moment de vide créatif qui vient soudain faire de la place à notre plus nouvelle idée.
Pour t’illustrer cette pensée, laisse-moi te raconter comment une série d’imprévus au jardin m’a ramenée jusqu’à la légende du Jin Chan, le crapaud à trois pattes porte-bonheur, et pourquoi cette rencontre annonce une très belle surprise pour la galerie de La Grotte du Cygne Amoureux.
Quand la création résiste : de la remise en question au lâcher-prise
çà fait des mois, des semaines, des jours, que j’étais plongée corps et âme dans la finalisation de ma fameuse Lettre d’Hiver, la correspondance des animaux totems basée sur les saisons. Au total il y en aura quatre. J’espère. C’est un projet intense, viscéral, qui me parle profondément. Alors j’essaie d’écrire avec mes tripes, avec mon coeur pour t’accompagner dans l’année et t’encourager à prendre le chemin dont tu as besoin. Mais çà fait ressortir beaucoup d’émotions, de remises en questions. Et pourtant… Hier, alors que je touchais presque au but, j’ai totalement raté les deux dernières illustrations. l’une faisait roman de gare et l’autre je me suis plantée dans les perspectives et je ne savais pas comment la rattraper.
C’est fou comme on peut se sentir vidée après avoir autant donné ces derniers mots face à coup de pinceau manqué. Tu sais le fait de se vautrer juste au niveau de la ligne d’arrivée. çà me rappelle la fois où très jeune j’avais tellement voulut gagner une course que je m’étais pris le mur de la salle… j’avais oublié de freiner…. Oui je sais. çà explique pas mal de choses. En grande stressée, dans mon équation mentale, l’échec ne fait tout simplement pas partie du programme. Alors forcément, l’erreur s’est transformée en une tempête d’interrogations : pourquoi maintenant ? Pourquoi si près du but ?Mais qu’est ce que je fais? Et çà dure, çà dure, çà dure….; deux mois complet pour la faire au lieu d’un.
Et je me dis si tout mon univers te parle, c’est que tu es peut-être comme moi. Quelqu’un qui donne tout ce qu’il a, qui s’investit corps et âme. Et lâcher prise semble une mélodie angoissante et un geste insurmontable. Ma seule logique interne a longtemps été de tenir bon, coûte que coûte, d’insister jusqu’à l’épuisement. Mais ces dernières années m’ont appris à apprivoiser l’écart. À faire quelques pas en arrière. À changer d’angle, de médium ou de posture, et surtout prendre un recul bienveillant.
Cela peut sembler confus de l’extérieur pour qui me regarde dans ces moments, un peu comme lorsque je passe la tondeuse au jardin : je n’avance jamais selon des lignes logiques et droites, je fonctionne entièrement au feeling, à l’instinct. Et pourtant, crois-moi, à la fin, le résultat est bien là ! Par moments, faire des détours, ne pas fonctionner en ligne droite et ce qui va nous permettre de s’aérer, de respirer, de vivre, et ce n’est pas une perte de temps. Et parfois c’est retrouver son souffle grâce à la simplicité.
Une drôle de rencontre au jardin
Pour en revenir à notre sujet, j’essayais de me calmer les nerfs afin de sortir de l’impasse du dessin. Je suis alors partie au jardin. Nous arrivons à cette période charnière de l’année où il faut déplacer les jeunes pousses sauvages pour les réinstaller avec soin ailleurs. J’ai donc attrapé mes outils, bien décidée à désherber et à canaliser toute cette tension. Le mouvement toujours pour déstresser.
Alors que je déblayais des décombres et des végétaux morts, pensant encore à mes illustrations manquées, une surprise monumentale m’attendait… Un énorme crapaud était caché en dessous.
La dernière fois que j’en avais croisé un de cette taille, c’était exactement à la même période, sous une vieille tuile du jardin. Une vielle tuile qui abritait d’ailleurs aussi un petit trésor caché d’écureuil.
Sur le coup, en bonne introvertie qui peine parfois à gérer ses sursauts émotionnels, je me suis mise à sautiller sur place, en claquettes, totalement prise au dépourvue ! Car l’animal, avec cette lenteur placide et caractéristique propre à son espèce, est venu effleurer ma main posée au sol. Baaahhhh! Mais très vite, la surprise a laissé place comme toujours à une étrange sensation de douceur et d’émerveillement. Je me suis sentie privilégiée. Chanceuse d’avoir pu le voir cet énorme crapaud.
Et comme si la nature voulait enfoncer le clou, quelques instants plus tard, une petite coccinelle est venue grimper le long de mon bras….. et ne m’a pas lâchée.
Je me suis retrouvée debout au milieu de mes parterres, à contempler cette association totalement improbable : la petite bête à bon Dieu aux élytres rutilantes et le crapaud rugueux venu des profondeurs de la terre. Deux messagers. Deux symboles de chance universels, même si le crapaud semble à première vue bien moins poétique… Et pourtant, laisse moi te conter son histoire !
Le Jin Chan : le crapaud à trois pattes et le secret de la prospérité
As-tu déjà entendu parler du Jin Chan, on l’appelle également le « Crapaud d’Or » dans la tradition chinoise. On l’appelle aussi le « crapaud qui attire la richesse », et on le traduit souvent en français par « grenouille de la fortune » ou « crapaud porte-bonheur ».
Dans le feng shui et le folklore oriental, ce n’est pas un vulgaire batracien ordinaire. On le représente souvent avec trois pattes, les yeux rouges, perché sur un monceau de pièces de monnaie antiques tenant dans sa bouche une pièce trouée. Chaque détail a son petit sens caché. Les pièces en dessous de lui évoquent l’abondance. La pièce dans sa bouche, c’est la richesse qui circule : elle vient, elle passe, elle revient. Ses trois pattes en font un être à part, ni tout à fait animal, ni tout à fait légende. Et on dit qu’il se montre les soirs de pleine lune, près des maisons qui vont bientôt recevoir de bonnes nouvelles. Tiens tiens, le matin même j’avais reçu un déblocage administratif qui durait…. et mon mari a validé sa formation….
La légende du Jin Chan
La légende raconte que le Jin Chan était à l’origine une créature cupide et féroce qui causait bien des soucis. Un sage taoïste réussit à le dompter et à le soumettre en utilisant la compassion et la sagesse. Pour racheter ses erreurs passées, le crapaud s’engagea alors à parcourir le monde pour cracher des pièces d’or aux portes des maisons des personnes bienveillantes, apportant fortune, protection et abondance là où on ne l’attendait plus.
Dans de nombreuses versions, ce sage porte un nom : Liu Hai, un immortel taoïste que l’on représente souvent en train de jouer avec le crapaud, en l’attirant avec un cordon de pièces. Comme toutes les légendes qui voyagent, elle existe en plusieurs variantes, mais le cœur du récit reste le même.
Le Jin Chan nous rappelle que la chance et la beauté émergent souvent de ce qui paraissait initialement rugueux, imparfait ou chaotique. Le crapaud ne cherche pas à séduire par des artifices, il est très moche. Cependant, il incarne la transformation de l’ombre en lumière, de la terre brute en or pur. Dans nos traditions on le connait aussi sous la version la moins aboutie de l’être aimé….. le prince charmant qui retrouve sa forme grâce à un baiser d »amour.
Où placer un Jin Chan chez soi ?
Si tu as envie d’accueillir un Jin Chan, la tradition feng shui donne quelques repères, même si les avis varient selon les écoles. Le plus souvent, on le place à l’intérieur de la maison, jamais tourné vers l’extérieur ou en face de la porte d’entrée, car on dit que la prospérité repartirait par là. Certains le préfèrent en diagonale de l’entrée. Et on l’évite traditionnellement dans la chambre, la cuisine, la salle de bain et la salle à manger.
Je te le dis avec la sincérité qui va avec l’aménagement de symboles…. ce sont des croyances, pas des garanties absolues. Mais comme tout symbole, il agit d’abord sur nous, sur ce qu’on choisit de regarder chaque jour.
Et la coccinelle dans tout ça ?
Chez nous, on l’appelle la bête à bon Dieu. Dans plusieurs pays d’Europe, son nom renvoie à la Vierge Marie, et on la considérait comme un cadeau du ciel pour les cultures, parce qu’elle dévore les pucerons. Selon la croyance populaire, quand une coccinelle se pose sur toi, il ne faut surtout pas la chasser : c’est un signe de chance.
Le crapaud, lui, a longtemps eu mauvaise réputation dans nos contes, alors qu’il est un précieux allié du jardinier, grand mangeur de limaces et d’insectes. L’un est tout en couleur et en légèreté, l’autre tout en discrétion et en terre. Deux visages de la chance, l’une qui brille, l’autre qui se cache. En voyant ce crapaud et cette coccinelle, j’ai compris le message que la nature me murmurait. Mes deux illustrations ratées de la Lettre d’Hiver n’étaient pas un échec, mais un détour nécessaire. Un signal m’invitant à ouvrir une autre porte, à laisser la peinture s’exprimer sur de nouvelles toiles, enrichies de cette énergie brute, instinctive et porteuse d’espoir.
C’est avec ce sentiment de gratitude que j’ai le bonheur de t’annoncer la mise en ligne très prochaine de mes toutes nouvelles toiles sur ce thème, dans la galerie de La Grotte du Cygne Amoureux.
Chaque coup de pinceau y est imprégné de ces messages subtils que nous offre la nature : le lâcher-prise, le renouveau des saisons, et cette chance mystérieuse qui prend parfois les traits d’un crapaud au fond du jardin. Ces œuvres ont été créées pour apporter à ton intérieur une empreinte de magie, de sérénité et, qui sait, la bénédiction du Jin Chan pour ton foyer. Je ne te promets pas de miracle, seulement une présence douce, qui te rappelle chaque jour que le détour est parfois le vrai chemin.
Ne désespère pas si les choses ne tournent pas exactement comme tu l’avais prévu aujourd’hui. Le détour est parfois le vrai chemin. Regarde de plus près autour de toi : ta chance est peut-être déjà là, cachée sous une tuile, prête à te surprendre.
Crois en ton voyage.
Et toi, quelle est la plus belle « chance déguisée » qui te soit arrivée ? Quel imprévu a fini par transformer ta vie de la plus douce des manières ? Partage-moi ton histoire en commentaire, j’ai tellement hâte de te lire.
En attendant de voir le jin-chan dessiner dans la nouvelle collection de toiles,

