Depuis ma petite grotte, un matin d’hiver
Mon cher ami, ma chère amie,
Bienvenue. Vraiment bienvenue.
C’est la première lettre du dimanche que je t’écris depuis ce nouveau blog, ce nouveau site tout fraîchement migré. Peut-être que tu remarques les petits changements, ou peut-être pas. Mais moi, je les sens. Chaque page qui se charge un peu différemment, chaque menu qui a trouvé sa nouvelle place. C’est encore un peu comme une maison dans laquelle on vient d’emménager : tout est là, mais il faut réapprendre où sont les interrupteurs.
Je suis contente de t’accueillir ici. Dans ce nouvel espace qui ressemble à l’ancien, mais en mieux. Comme quand on retape une vieille bâtisse : l’âme reste, mais tout respire un peu plus librement.
Je t’écris depuis mon cottage, ce dimanche où le silence de l’hiver s’est installé comme un plaid épais sur le jardin. Les jours sont longs, si longs. Cette lumière grise qui n’arrive jamais vraiment, cette nuit qui tombe à quatre heures. Et pourtant, il y a quelque chose de doux dans cette lenteur.
Le jardin dort paisiblement dans sa petite grotte, dans son univers bien à lui. Les plantes se replient, se protègent, gardent leur énergie pour le printemps à venir. Mais des petites pousses sont déjà là. Je pense que ce sont des bulbes de jonquilles. Et moi aussi, j’hiberne en attendant les beaux jours. Je crois que j’apprends doucement à faire de même. même si je suis impatiente de les voir grandir, et de voir le jardin refleurir.
Cette semaine, mes voisins gigantesques sont revenus au fond du jardin. Les chevaux. Tu aurais dû voir ça. Tu aurais dû voir comment ils sont arrivés, comme s’ils galopaient vers la vie elle-même. heureux de retrouver leur pré tant aimé. De les voir sautiller m’a comblée de joie. Cette joie pure dans leurs mouvements, cette excitation d’arriver quelque part. Ça m’a posé une question que je rumine depuis : l’enthousiasme.
Tu te souviens de cet enthousiasme qu’on avait enfants ? Cette façon de courir vers les choses sans se poser mille questions. Sans douter. Sans avoir peur de se tromper ou d’être ridicule. On était juste… vivants. Entièrement présents dans l’instant. Je me sens nostalgique de ce temps, et encore plus avec mes propres enfants qui l’explorent pour la première fois.
J’apprécie énormément d’avoir ces chevaux comme compagnons de route. Grâce à eux, je sens que quelque chose de doux se propage en moi quand je jardine à leurs côtés. J’entends la voix de ces géants dans mon cœur comme si elle me murmurait : « Tu as le droit de te sentir cet apaisement, toi aussi. Tu as le droit d’être bien, oublie ton stress. » On jardine côté à côté et je trouve sincèrement ces moments merveilleux. les entendre brouter ne manque pas de m’apporter le sourire. Leur paisibilité est très contagieuse.
🕯️ Ton cocon d’hiver 🕯️
En parlant de merveilleux, je ne sais pas où tu en es en ce moment, dans cet hiver qui ne t’invite qu’à dormir. J’espère que tu es dans ton cocon, ta petite bulle. J’espère que tu t’accordes ces moments de douceur sans culpabilité. Parce que l’hiver n’est pas une saison pour faire. C’est une saison pour être. Pour se replier doucement dans son nid et observer le monde par la fenêtre avec une tasse fumante entre les mains.
De mon côté, on continue doucement à retaper la maison. J’essaie d’en faire cet écrin de douceur pour que tout le monde puisse s’y sentir bien. Dans des articles précédents, je t’ai parlé de l’importance des textures qui te plaisent, celles qui te parlent, celles qui t’apaisent au toucher, à la vue, ainsi que des couleurs avec lesquelles tu t’entoures. La questions que je me suis posée, plutôt que de suivre des tendances changer, c’était de savoir où se trouvait mon apaisement? Pour trouver çà, je me suis demandée quelle est ma saison? Printemps, été, automne ou hiver avec des palettes de couleurs qui s’y accordent le mieux, en prenant en compte la luminosité et la météo des lieux. ici il fait assez souvent gris avec une lumière blanche, ce qui m’a incité à prendre le printemps comme référence. Pour cette maison, j’ai décidé de lui donner un souffle de printemps à toutes épreuves. Coucou, les couleurs anglaises! Ça me permet d’avoir l’intérieur frais et fleuri, en toutes saisons. C’est ma façon de garder un peu de lumière quand dehors tout est gris et terne.
Et toi, quelle saison es-tu ?
Es-tu l’hiver qui se replie et observe ? Le printemps qui éclate de vie ? L’été généreux ? Ou l’automne doré qui lâche prise ? Je crois que je suis un mélange. Une femme-printemps qui vit dans un corps qui réclame l’hiver. Une rêveuse qui a besoin de ces moments d’hibernation pour renaître.
✂️ Les boros japonais et l’art du détail ✂️
Dans mes rituels d’hiver, j’ai décidé de coudre un peu, pas de manière exceptionnelle. Mais juste pour me détendre, sortir des écrans et retourner encore une fois à la matière. Je suis tombée sur des images de boros japonais il y a quelques années, et j’ai été émerveillée les créations, le côté artisanal, et toujours par cette idée de créer avec des tissus de récupération. J’évite le neuf pour le neuf, et ça rend plutôt bien. Tu sais d’où viennent les boros japonais ? Laisse-moi t’en parler avec amour.
Au Japon, pendant des siècles, les familles les plus pauvres n’avaient pas les moyens d’acheter de nouveaux tissus. Alors elles réparaient. Elles raccommodaient. Elles transformaient les vieux vêtements en nouvelles pièces, assemblant des morceaux de tissus usés par le temps et par la vie. Les boros, c’est littéralement « chiffon en lambeaux ». Mais c’est devenu un art. Chaque point raconte une histoire. Chaque pièce de tissu porte la mémoire de ce qu’elle a été. Un kimono d’enfant. Une veste de travail. Un drap qui a réchauffé des nuits d’hiver. Ce qui me touche dans cette pratique, c’est la philosophie derrière : rien n’est jeté, tout se transforme. La beauté naît de l’imperfection. De la nécessité. De l’amour porté aux choses usées. Tu penses bien que cette idée me parle.
En cousant ces pièces ensemble, je pense à toi. À nous tous qui essayons de recoller les morceaux de nos vies. À cette façon qu’on a de se réparer, encore et encore, avec tendresse. De transformer nos émotions en points de beauté.
🪶 Tout est dans le détail et dans l’œil 🪶
Tu sais, je crois de plus en plus à ça, si tu aimes les vieux objets avec une histoire: ne cherche pas un style, prends des objets qui te parlent et ça va finira par marcher. Mon cher époux appelle çà le style brocante, mais il est chaleureux.
L’harmonie ne vient pas d’un plan parfait. Elle vient de cette accumulation de petites choses qui te ressemblent. Un coussin chiné là. Une tasse en céramique trouvée ailleurs. Un cadre récupéré. Des textiles qui t’apaisent.
Chaque objet porte une émotion. Et quand tu rassembles ces émotions, elles créent une histoire. Ton histoire. C’est comme les boros. Tu assembles des morceaux différents et soudain, ça fait sens. Ça devient beau. Pas d’une beauté calculé, mais bien d’une beauté vivante. Authentique.
🌫️ Douter et se relever 🌫️
Je voulais aussi te confier ces mots….Ces dernières semaines, j’ai beaucoup douté. Beaucoup. J’ai eu l’impression de tourner en rond, de ne pas avancer assez vite, de ne pas être à la hauteur de mes propres rêves. Tu sais, cette sensation d’être sur un tapis roulant qui ne mène nulle part ? Où chaque effort semble te maintenir juste au même endroit, sans jamais vraiment progresser. J’ai vu énormément de gens autour de moi repartir au salariat ces derniers temps. Et je veux être claire : ce n’est pas un échec en soi. Vraiment pas. Chacun fait ses choix, chacun trouve son équilibre. Mais ça a relancé en moi cette peur sourde que mon système ne soit pas viable. Cette petite voix qui murmure : « Et si tu étais la seule à ne pas voir que c’est impossible ? »
Le truc, c’est que le salariat, c’est la seule façon de travailler que j’ai connue depuis que j’ai été en âge de travailler. Alors forcément, il a ce côté rassurant du connu, du balisé, du prévisible. Mais en même temps, il me pose question quant à sa conciliation avec ma vie à mille à l’heure. Comment faire rentrer mon âme de nomade, mes rêves qui débordent, mes créations qui demandent du temps et du silence, dans une case de 35 heures hebdomadaires ? Toi, que fais-tu quand tu doutes ?
Es-tu du genre à t’immerger à fond quand tu cales un peu, comme pour prouver à cette petite voix qu’elle a tort ? Ou au contraire, tu lâches l’affaire, tu prends du recul, tu laisses décanter ? Moi, apparemment, je travaille. Je travaille encore plus. C’est ma réponse aux doutes : l’action. Comme si chaque coup de pinceau, chaque mot écrit, chaque tâche cochée pouvait faire taire cette voix qui questionne. C’est peut-être pas la meilleure stratégie, mais c’est la mienne.
Et cette migration du site, mon Dieu, elle a été éreintante. Des jours et des nuits à déplacer des pages, à recréer des menus, à vérifier que chaque lien fonctionne, que chaque image s’affiche. J’ai eu envie d’abandonner vingt fois. De me dire que l’ancien site faisait très bien l’affaire, merci. Mais je l’ai fait. Et maintenant que c’est terminé, je ressens cette fierté douce. Celle qui ne fait pas de bruit mais qui réchauffe de l’intérieur. Ça m’a fait du bien d’arriver à relever le défi. De sentir que malgré les doutes, malgré la fatigue, malgré cette petite voix qui dit « tu n’y arriveras pas », je continue. Parce que c’est ça aussi, je te parlais d’avoir été secouée par l’enthousiasme des chevaux cette semaine. De les voir courir avec certitude, qui n’est pas l’absence de peur, ni celle que tout va bien se passer. C’est avancer malgré elle. C’est galoper vers la vie même quand on ne sait pas exactement ce qui nous attend. C’est choisir le mouvement plutôt que la paralysie. Je garde cette image de la semaine en tête.
Je me reposerai cet été, j’imagine. Ou peut-être avant. Ou peut-être jamais complètement. Parce que j’apprends doucement que le repos n’est pas toujours une destination lointaine, un moment où tout sera enfin terminé et où je pourrai enfin souffler.
Le repos, c’est parfois juste un moment volé au milieu du chaos. Une tasse de thé bue lentement en regardant par la fenêtre. Une heure à coudre mes boros pendant que le monde s’agite dehors. Un livre ouvert sur les genoux, même si je ne lis que trois pages avant de m’endormir. Ces micro-pauses qui nourrissent l’âme sans attendre le grand repos hypothétique de plus tard.
💌 Et toi, comment vas-tu ? 💌
Comment vas-tu dans ce cœur de l’hiver ?
Est-ce que tu arrives à te créer ces petits moments de douceur ? Est-ce que tu t’accordes la permission de ralentir ? Ou est-ce que tu cours encore, essoufflée, en te disant que tu te reposeras plus tard ?
J’aimerais tellement que tu saches que tu n’as pas besoin d’accomplir mille choses pour avoir de la valeur. Que ton simple fait d’exister, de respirer, de continuer malgré tout, c’est déjà immense. Tu es comme ces boros japonais. Belle dans tes imperfections. Précieuse dans tes réparations. Unique dans ton histoire. Alors prends soin de toi, d’accord ? Comme tu prendrais soin d’un tissu ancien. Avec délicatesse. Avec respect. Avec amour.
Je t’embrasse fort depuis ma petite grotte où le feu crépite et où Miss chat (mon chat imaginaire, pas mon chien) ronfle paisiblement.
Avec toute ma tendresse,
Camille
P.S. : Cette semaine, offre-toi un moment pour faire quelque chose qui ne sert à rien. Quelque chose juste pour toi. Coudre. Dessiner. Rêvasser. Marcher. Boire un chocolat chaud en regardant tomber la pluie. L’enthousiasme revient toujours par ces petites portes-là. 🌙
Si cette lettre t’a touchée, n’hésite pas à me laisser un mot. J’aime tellement ces échanges avec vous. Vous êtes ma petite communauté de cœurs doux, et je vous en suis infiniment reconnaissante. 💌
