Depuis ma fenêtre où la pluie dessine des chemins et court sur le verre
Mon cher ami, ma chère amie, chers cœurs tendres,
J’espère que tu vas bien aujourd’hui. Que tu t’es accordé un moment, même petit, pour respirer.
Je t’écris sous la pluie. Enfin à dire vrai, de mon salon, derrière ma baie vitrée. Les gouttes font la course sur ma fenêtre et j’ai cette drôle de sensation dans le ventre. Tu sais, celle qu’on a juste avant quelque chose d’important.
Ce petit truc, je l’ai depuis mercredi dernier. Parce que ça y est. Vraiment. Après toutes ces années, semaines, ces mois même… à travailler dessus d’arrache-pied pour t’offrir le meilleur accueil…
La boutique est ouverte.
Je te la garantis sûrement avec des coquilles. Cette boutique, j’espérais sincèrement l’ouvrir à l’automne. Je devais te l’annoncer en janvier. Tout devait être aligné, parfait, prêt. Mais la vie a ri doucement et m’a dit : « Attends encore un peu. » Apprends encore. » Il y a eu la migration du site, je me suis vue refuser ma demande de SIRET trois fois pour un quiproquo. Mais février a tenu ses promesses avec le retour de la lumière… quasiment…
Cette attente n’a pas toujours été de bon cœur, je te l’avoue. Il y a eu des nuits où j’ai douté. Des matins où j’ai failli tout laisser tomber (enfin pas vraiment, tu me connais, ça a duré 2 minutes montre en main). Des moments où je me suis dit que peut-être, je n’étais pas faite pour ça.
Mais tu sais ce qui m’a portée ? L’idée que quelque part, toi aussi peut-être, tu attendais quelque chose. Que toi aussi, tu as dû repousser une entrée, un début, un rêve. Que toi aussi, tu connais ce goût amer du « pas encore ». Et puis mes chevaux de Dalaécarlie sont arrivés, je les ai errés très fort avec cette jolie tablette de chocolat qui venait des Pays-Bas. Puis je suis retournée chez mon imprimeur… et tu ne devineras jamais ce que j’y ai vu… Mes dessins affichés. Les prototypes tout moches derrière les bureaux des graphistes qu’on avait pas retenus. Quand j’avais fait mon premier rendez-vous professionnel avec eux, il y avait un jeune stagiaire. Apparemment il y a mis mes dessins dans son rapport d’études… Et la cerise sur le gâteau, c’est qu’une des graphistes, quand je lui ai demandé pourquoi elle les avait accrochés, elle m’a dit en parlant de ma carte de vœux à l’étoile du Nord : « Elle veille sur moi… » Wahouah, comment t’expliquer… ? Ça fait des années que je travaille pour transmettre du réconfort, de la joie, de l’amour grâce à des dessins conçus pour ça et là… je t’avoue que j’ai été émue quasiment aux larmes. Mon proto tout moche veille sur une personne qui en a besoin… ce qui m’amène à…
Les chemins qui serpentent
Est-ce que tu as remarqué comme nos vies ne ressemblent jamais à ce qu’on avait imaginé ?
Quand j’étais plus jeune, je pensais que les choses suivraient une ligne droite. Études, travail, succès. Pouf, comme dans les livres. Sauf que la vie, elle préfère les détours.
La mienne a commencé par une délocalisation forcée de l’autre côté de l’Atlantique, puis il y a eu les déménagements imprévus. Les portes qui se ferment. Les années où on met ses rêves en boîte en se disant « plus tard ». Les moments où on se sent tellement seule qu’on se demande si quelqu’un au monde nous comprend vraiment. Et puis un jour, on se réveille. On regarde tous ces détours. Et on réalise que c’est exactement ça qui nous a rendus… nous. Plus profonds. Plus tendres. Plus vrais. Plus humains, ces détours qui nous ont perdus puis reconnectés à notre boussole du cœur.
Alors si aujourd’hui tu te sens en retard, si tu regardes les autres avancer pendant que toi tu sembles piétiner… laisse-moi te dire quelque chose. Tu n’es pas en retard. Tu es exactement où tu dois être. Ton chemin serpente ? C’est qu’il a besoin de serpenter. Qu’il t’emmène quelque part que tu ne vois pas encore, mais qui sera exactement ce dont tu as besoin. Ne regrette rien.
La peur du saut
Tu sais ce qui me fait le plus peur en ouvrant cette boutique ?
Ce n’est pas l’échec. Ni même le succès.
C’est cette question qui me réveille parfois à trois heures du matin : « Et si personne ne comprenait ? »
Parce que ce que je crée, ce n’est pas juste des images jolies. C’est… des refuges. Des petits coins de douceur pour les jours difficiles. Des histoires qui murmurent « tu n’es pas seule ». Et j’ai peur que ça ne trouve pas sa place dans un monde qui court si vite. Mais tu vois, j’ai réalisé quelque chose cette semaine, grâce à ce stagiaire, à ces graphistes, à ces gens qui voient dans mes dessins quelque chose qui atteint leurs cœurs. Si j’attends d’avoir la certitude que ça va marcher, je vais attendre toute ma vie. Rien ne vaut le saut dans l’inconnu, même si c’est terrifiant.
Parce que la certitude, elle ne vient jamais avant. Elle vient après. Quand on a sauté. Quand on a essayé. Quand on s’est dit « tant pis, j’y vais quand même ». Alors j’ai sauté, à mon premier rendez-vous professionnel, en disant non à une proposition de poste. Les genoux tremblants, le cœur battant. Parce qu’il m’aurait fallu du temps pour écouter ma lumière, celle qui me montre le chemin. Mais j’ai sauté. Et peut-être que toi aussi, tu as quelque chose qui t’attend au bord du vide. Un rêve, un projet, une envie qui te tirent depuis si longtemps que tu as fini par t’habituer à elle.
Et si c’était le moment ? Pas le moment parfait. Juste… le moment. Si on commençait ensemble ?
Les bulbes sous la terre
Il y a quelques semaines, j’ai planté des bulbes dans mon jardin. Soit-disant c’était trop tard…
C’était un geste simple. Enfoncer ces petites choses brunes dans la terre froide, les recouvrir, arroser. Et attendre. En les plantant, je me suis dit : « Je ne sais même pas s’ils vont pousser. S’il y aura vraiment un printemps. »
À la bourre, c’est moi tout le temps depuis que je suis devenue maman. Mais je les ai plantés quand même.
Parce que c’est ça, la foi. Pas la certitude que tout ira bien. Juste la volonté d’essayer quand même. Parce que je voulais vraiment des fleurs au jardin. Et ce matin, en regardant par la terre retournée, j’ai vu les premières pousses.
Vertes. Fragiles. Mais vivantes. Elles ont traversé la terre en même temps que moi. Elles ont cherché la lumière dans le noir. Et elles l’ont trouvée. Toi aussi, si tu vois la tienne, accroche-toi à elle.
Même si tu es seule parfois. Même si ton téléphone ne sonne pas autant que tu le voudrais. Même si tu as l’impression que le monde t’a oubliée. La lumière est là. Elle attend juste que tu continues à avancer.
Ce que j’ai mis dans cette boutique
Ce n’est pas juste des illustrations ou des carnets. C’est tout ce que j’aurais voulu recevoir dans mes moments les plus difficiles. Des mots doux pour les soirs où on se sent invisible. Des images qui racontent des histoires pour les âmes fatiguées. Des refuges en papier pour celles qui ont besoin de respirer. Des personnages à notre image.
De la tendresse. De l’amour. De la lumière. Pour toi. Pour nous. Pour tous ceux qui cherchent un endroit où poser leur cœur lourd. Parce que c’est ça, mon rêve. Pas devenir riche. Pas être célèbre.
Juste créer des espaces où les gens se sentent moins seuls. ce fameux arbre au milieu de la forêt prêt à briller de mille feux pour attirer les voyageurs perdus. Où tu peux venir, t’asseoir, souffler. Et te dire : « Ah. » « Quelqu’un sait. Quelqu’un comprend. »
Pour toi, qui lis ces lignes,
Si tu te sens seule ce dimanche, Si tu doutes de ton chemin, Si tu as un rêve qui attend au bord du vide et que tu n’oses pas encore sauter. Je veux que tu saches quelque chose.
Tu n’es pas seule. Je suis là. Quelque part, à ma fenêtre, sous la pluie, à croire en toi. Et peut-être que demain n’est pas garanti. Peut-être qu’on ne sait jamais vraiment si nos bulbes vont pousser. Mais on les plante quand même. On en a pas besoin de 40 000, juste d’un seul. Alors on fait ce petit pas. On écrit ce mot. On crée cette chose. On ose cette conversation. Dix minutes par jour, si c’est tout ce que tu as. Ça suffit. Par moment c’est aussi ma réalité.
Mais parce que ces dix minutes, mises bout à bout, jour après jour, elles construisent des vies entières.
Elles ont construit la mienne. Et c’est maintenant que ça commence. Pour moi. Pour toi. Pour nous. Si ce refuge te parle, si tu veux en faire partie… tu es déjà chez toi. Bienvenue
Je t’embrasse fort depuis ma petite grotte, où les bougies commencent à s’allumer pour accueillir le soir.
Avec toute ma tendresse,
Camille 🤍
Ton cygne amoureux pour toujours
