
Séries, livres, univers fantastiques: et si s’évader là bas c’était la chose la plus sensée du monde ?
Cher coeur,
Il y a un souvenir que beaucoup d’entre nous portent sans vraiment le raconter. Celui d’un enfant avec des livres sous le bras, plein d’histoires de dragons et de chevaliers et de mondes que personne autour de lui ne semblait vraiment connaître. Qui essayait d’en parler parfois de ce personnage qui l’avait ému, de ce passage qui l’avait tenu éveillé et qui voyait dans les yeux des autres ce petit flottement poli. Ce léger décalage. Ah. Intéressant. Puis le sujet changeait.
Alors cet enfant a fini par ranger ses histoires dans un coin. Parce que le monde des adultes n’avait pas vraiment de place pour les dragons. Parce qu’il fallait bien avancer. Parce qu’à un moment on pose les livres de fantasy sur l’étagère du haut et on les regarde de loin en se disant qu’on y reviendra peut-être, un jour, quand la vraie vie laissera un peu de place.
Et si la vraie vie n’avait jamais eu besoin qu’on lui abandonne ces mondes-là et au contraire que l’on les amène dans le monde réel?
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Ce qu’on nous a appris à penser de l’évasion
Il y a un mot qu’on utilise souvent pour décrire les gens qui aiment profondément les mondes fictifs. On dit qu’ils fuient. Qu’ils s’échappent. Que c’est une façon de ne pas faire face. Que les vrais adultes lisent des essais, regardent des documentaires, s’intéressent au monde réel.
Cette idée a la vie dure. Et elle cible précisément les personnes qui ont le plus besoin de beauté, de récit, d’univers symboliques pour traverser leur vie. Celles qui ressentent tout un peu plus fort. Celles qui ont découvert très tôt que certains livres faisaient quelque chose que les conversations ordinaires ne faisaient pas — ils nommaient des choses. Ils donnaient des formes à des émotions sans forme. Ils murmuraient tu n’es pas seule dans une langue qui n’avait pas besoin d’être expliquée.
L’évasion choisie et consciente ressemble moins à une fuite qu’à une façon de se ravitailler. Et il y a peut-être quelque chose de libérateur à se demander si on n’a pas eu tort de s’en éloigner. et tu sais, on ets libres de faire les deux sans soucis aussi….. j’en suis la preuve vivante.
Ces univers qui nous ont appris des choses que l’école n’enseignait pas
Camille, Ewilan la petite héroïne de Pierre Bottero traverse accidentellement un monde parallèle et y découvre qu’elle possède le Don du Dessin : la capacité de matérialiser ce qu’elle imagine. Elle qui dans notre monde est une adolescente surdouée et incomprise devient dans l’autre exactement ce qu’elle était censée être entourée d’une troupe qui la voit vraiment, dans un monde qui a besoin de ce qu’elle sait faire.
Ce n’est peut-être pas un hasard si ce livre a touché autant de lectrices qui se sentaient décalées. Il pose une question douce : et si ce don que personne autour de toi ne comprend encore avait simplement besoin de trouver son monde ?
Harry Potter dit quelque chose de similaire d’une façon différente. Un enfant invisible, relégué sous l’escalier, ignoré par la famille qui aurait dû l’aimer et un jour une lettre arrive. Pas parce qu’il devient quelqu’un d’autre. Parce qu’il trouve l’endroit où il était attendu. Poudlard n’est pas une école de magie. C’est la première fois qu’Harry a un chez-lui. Et je me demande si c’est çà qui a parlé à autant de lecteurs assidus.
Le Seigneur des Anneaux nous parle de petites gens ordinaires qui font des choses extraordinaires non pas parce qu’ils sont des héros désignés mais parce qu’ils ont un cœur qui tient quand tout vacille. Tolkien a écrit ça au milieu d’une horreur absolue. Ces mondes imaginaires ne sont pas nés malgré la réalité. Ils sont nés à cause d’elle, pour la traverser. Il a été soldat dans les grandes guerres et a eu besoin d’extérioriser.
Narnia s’ouvre depuis une armoire. Gwendalavir depuis une traversée de rue ordinaire. Eragon commence avec un simple œuf de dragon dans la forêt. Le Clan des Otori dans la brume d’un Japon féodal qui n’a jamais existé mais qui semble plus réel que beaucoup de choses. Ces portes-là s’ouvrent toujours là où on ne les attend pas. La mienne s’est ouverte dans l’armée, malgré que la porte était fermée plusieurs années plus tôt.
Quelque part entre deux chapitres, on a grandi
Il y avait peut-être dans notre enfance ou notre adolescence cet univers qui nous appartenait vraiment. Everworld et ses dieux mythologiques qui cohabitent dans un monde de chaos et de magie. Le Livre des Étoiles et ses jardins enchantés. Ces histoires qui nous ont appris des choses que les cours n’enseignaient pas sur la loyauté, sur le courage tranquille, sur ce que ça fait d’être différente dans un monde qui préfère les conformes.
Et puis un moment est venu où on en a moins parlé. Parce que personne autour de nous ne les avait lus. Parce qu’on s’est sentie un peu décalée d’aimer encore ça passé un certain âge. Parce que d’autres choses ont pris la place les responsabilités, le bruit du quotidien, l’impression qu’il fallait choisir entre la vraie vie et les histoires.
Mais quelque chose dans ces récits-là nous a suivies quand même. Cette façon de chercher la profondeur dans les choses. Cette sensibilité aux univers bien construits, aux personnages complexes, aux histoires qui disent quelque chose de vrai sous une forme impossible. Ce n’est pas parti. C’est juste peut-être un peu silencieux depuis un moment.
Ce que les histoires font à l’anxiété en douceur
Il y a quelque chose que les neurosciences ont commencé à documenter ces dernières années et que les amoureux des histoires savaient intuitivement depuis toujours : se plonger dans un récit vraiment plongée, au point où on oublie l’heure met le cerveau dans un état qui ressemble beaucoup à la méditation. Pas la tension du travail. Pas le vide de l’inertie. Quelque chose entre les deux, un flux doux dans lequel les pensées en boucle trouvent enfin un endroit où se poser.
Pour celles qui portent beaucoup les absences, les responsabilités, le poids de tout ce qu’on ne contrôle pas ce genre de repos cognitif a quelque chose de précieux. Un bon livre, un univers dans lequel on s’installe quelques heures, offre exactement ça. Pas une solution. Pas une thérapie au sens clinique. Juste un espace où l’esprit peut souffler.
Et le fait d’avoir choisi des mondes beaux, des univers riches, des histoires avec de la profondeur dit déjà quelque chose sur la façon dont on prend soin de soi même sans le formuler comme ça.
La douceur comme façon d’être au monde
On remarque souvent chez les gens qui ont grandi avec des dragons et des quêtes une certaine douceur. Pas la naïveté quelque chose de plus réfléchi. Une tendance à chercher la paix là où d’autres cherchent la victoire. À écouter avant de répondre. À absorber beaucoup, parfois trop.
Ces mêmes personnes se demandent parfois si elles ne sont pas trop douces pour ce monde. Si elles ne devraient pas durcir un peu. S’adapter mieux à un environnement qui semble récompenser l’agressivité.
Mais les héros qu’on a aimés dans ces histoires n’étaient presque jamais les plus forts ou les plus durs. Ils étaient ceux dont le cœur tenait dans la durée. Ceux qui continuaient à croire en quelque chose quand tout le reste s’effondrait. Et on les a aimés pour ça précisément. Peut-être qu’il y a quelque chose là-dedans qui nous parle encore.
Rouvrir la porte
Si tu avais un univers qui t’appartenait vraiment une saga, une série, un monde dans lequel tu rentrais comme chez toi et que tu ne t’es pas autorisée à y retourner depuis un moment, il y a peut-être quelque chose de doux à explorer là.
Pas comme une mission, ou un travail sur soi, mais de le voir comme une invitation. Rouvrir ce tome que tu n’as pas relu depuis l’adolescence. Commencer cette série que tu remets à plus tard. Laisser ton imaginaire aller là où il a envie d’aller sans lui demander de justification.
La grotte dont il est souvent question ici ce refuge qu’on construit avec des objets qui nous ressemblent, des rituels qui prennent soin de nous, des histoires qui nous ancrent elle a une bibliothèque. Et dans cette bibliothèque, il y a de la place pour tous les mondes qu’on a aimés. Les anciens et ceux qu’on n’a pas encore rencontrés.
Et toi, il y a un univers imaginaire qui t’a accompagnée à un moment où tu en avais besoin ? Je serais vraiment curieuse de le lire en commentaire.

