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Lettre de juillet : bilan cosy après la canicule

Ma chère amie

Je t’écris depuis mon cottage, volets fermés à double tour contre cette canicule qui n’en finissait plus de nous coller à la peau. Dégoulinante comme toujours, d’amour, d’eau fraîche et de sueur… parce que même si mon monde est composé de fleurs, de pâquerettes, de mystères, de magie et de légendes… je reste humaine dans toute sa gloire. Il fait presque frais ici (dans mes souvenirs d’hiver), dans la pénombre, avec cette petite lumière qui filtre entre les lattes et dessine des rayures sur la table. Si tu pouvais me voir, ces vêtements larges, cheveux tirés par un chouchou en arrière, chants d’enfants à mes côtés, et mug de thé glacé à portée de main, l’ordinateur ouvert depuis trop longtemps et l’air un peu hagard de quelqu’un qui vient de traverser une tempête sans trop savoir comment il a atterri de l’autre côté. Une vraie carte postale du bonheur et de la détente, crois-moi.

Alors avant toute chose, dis-moi : comment vas-tu ? Du haut de tes projets, du haut de ton espoir ? de ta petite chambre à ton grand manoir ? Est-ce que tu as tenu, pendant ces semaines de fournaise ? Est-ce que tu as trouvé les gestes, les endroits, les petites ruses pour ne pas fondre tout à fait ? J’ai une pensée pour toi, pour ta maison trop chaude, tes nuits trop courtes, et j’espère de tout cœur que tu en es sortie moins essorée que moi. Si tu es dans le même état, promis, quand je serai riche, j’ouvrirai un Airbnb aux frais et tu seras la bienvenue.

Parce qu’il faut bien commencer quelque part dans mes aventures. Le temps file vite et ça fait déjà un mois. Et que je n’ai jamais su te mentir très longtemps : j’ai tout lâché quasiment tout sauf le podcast ? Qui ne me demande aucun effort physique dans le noir. Voilà, c’est dit. J’ai énormément de mal à m’en remettre, comme beaucoup, on a eu 3 vagues officielles de chaleur, c’est la quatrième en comptant le mois d’avril, 30 jours sans pluie à au moins 27 degrés. Et je ne sais pas bien pourquoi, j’ai du mal à remonter la pente et à me remettre en selle. Je suis observatrice de ma propre vie depuis des jours. Peut-être la chaleur, peut-être la fatigue accumulée, peut-être, et je le dis en souriant à moitié, la vieillesse qui commence doucement à me chuchoter des choses à l’oreille. Je sais, je suis encore super jeune, mais je me sens moins pimpante que les années précédentes. Je vois mon corps changer au fil du temps ? Te vois-tu aussi vieillir ? Sincèrement, je sais qu’on est toutes prêtes, mais j’ai l’impression d’avoir passé juin/juillet à courir après un train que je ne rattraperais jamais tout à fait, et à un moment, j’ai posé mon sac sur le quai et j’ai regardé le train partir sans moi. C’est étrange comme sensation. Une lourdeur si douce, si cette expression existe.

Je te le dis parce que je pense qu’entre nous c’est aussi parler vrai : la vérité, et que la vérité, même quand elle n’est pas si glorieuse ni magique. Même quand elle ressemble à une femme fatiguée derrière ses volets plutôt qu’à l’image lisse qu’on aimerait parfois renvoyer. Alors voilà, ce mois-ci, je ne t’écris pas depuis un sommet. Je t’écris depuis un creux, mais un creux confortable, tapissé de coussins et d’amour, si cela peut te rassurer.

Et j’espère que toi aussi, mais tu sais quoi ? On avance à notre rythme. Parce que malgré tout et envers tout, pourtant, on continue d’avancer à notre manière. Mode tortue activé de mon côté !

Parce que malgré ce lâcher-prise général, il y a une chose sur laquelle je n’ai rien lâché du tout : un immense chantier de travail que je traînais derrière moi depuis des mois, un vrai travail d’ordinateur, de dossiers, de nuits penchée sur l’écran à essayer de faire tenir debout quelque chose de grand. Et figure-toi que j’ai avancé. Bien avancé, même. 198 pages sur 220 sont rédigées, à relire mais entièrement rédigées de manière satisfaisante ! Saison 2, here we come !!!! Comme quoi, on peut être en miettes d’un côté et solide comme un roc de l’autre. Le corps humain a ses limites avec une drôle de mécanique. Il faut dire que je m’y suis accrochée avec l’énergie du désespoir : après tout, il ne faut jamais rien lâcher complètement, même quand on a l’impression de tout lâcher. Tu suis ma logique un peu tordue mais si expérimentée ? Moi-même, je m’y perds parfois. Si je t’embrouille, ne fais pas attention à moi !

Parce que dans tout ça il y a eu l’escapade qui ne veut pas se laisser faire.

Je t’avais parlé, je crois, de cette petite escapade prévue pour retrouver mon chéri. Eh bien, elle a été déplacée. Deux fois. Deux fois que je prépare mentalement ma valise, que je me projette dans ces retrouvailles, et deux fois que le calendrier me dit non, pas maintenant, patiente encore. Je t’avoue que la troisième fois, si elle devait encore glisser, je crois que j’irais moi-même négocier avec le temps à mains nues. Mais pour l’instant, j’attends. Et j’ai bon espoir. Il y a quelque chose de presque romanesque, non, dans cette attente qui s’étire même si, sur le moment, on aurait plutôt envie de crier. Bref, nous allons passer quelques jours ensemble car, comme tu le sais, mon cher époux est marin et son emploi du temps est compliqué. TRÈS compliqué. Et j’essaie de m’y glisser quand je peux ! Patience est le maître mot tout le temps, l’assurance annulation ma meilleure amie, et les techniques de relaxation aussi. Mais on va partir, même si on doit prendre un hôtel à 10 km de la maison.

Parce que s’il y avait qu’un seul agenda à solidariser, mais non, il y en a plus de cinq dans cette histoire. Parce que dans ce désastre logistique, il y a quand même une victoire dont je suis fière, une vraie : j’ai accepté de laisser mes enfants partir. Loin, pour quelques jours, sans moi. C’est la première fois. Et je dois dire que j’ai plutôt bien tenu le choc, zen, mesurée dans mes mots, presque sage. Il y a eu un petit pincement au moment de refermer la porte derrière eux, bien sûr, ce vide soudain dans la maison, ce silence qui prend toute la place. Mais j’ai réussi à ne pas transformer ça en drame, à leur laisser cette liberté sans la charger de mille angoisses. Je crois que grandir, parfois, c’est aussi ça : apprendre à laisser partir ceux qu’on aime, même pour quelques jours, même le cœur un peu serré. même en maman stressée de la vie… Si tu as des enfants, je pense que tu sais de quoi je parle. Cette sensation d’avoir un organe vital en dehors de ton cœur qui se balade sans supervision.

Raté n° 2 : Le sport, ou l’art de recommencer sans cesse

Bon, parlons peu, parlons sport : c’est un échec cuisant ce mois-ci. J’avais pourtant trouvé une routine qui me plaisait vraiment, un rythme qui commençait à devenir agréable plutôt que contraignant. Avec la chaleur, j’avais fait une refonte totale de mon planning, yoga, pilates, vélo et danse… Et puis la canicule est arrivée, le travail a débordé, la fatigue s’est installée, et tout ça est passé à la trappe. Je ne désespère pas d’y revenir, d’ailleurs je crois qu’on ne désespère jamais vraiment, on repousse juste le rendez-vous avec soi-même à plus tard, en se promettant que cette fois-ci sera la bonne. Alors on verra. Peut-être en août. Peut-être avec toi, tiens, si tu as besoin d’une partenaire de motivation aussi peu fiable qu’enthousiaste. Je l’ai fait quand j’ai pu… et j’ai mangé sainement aussi.

Franchement, imagine la scène : une fille qui t’écrit sa lettre mensuelle depuis son cottage, enfermée derrière ses volets pour fuir la chaleur, entourée de dossiers de travail, rêvant d’une piste de course dans les bois, qu’elle n’a pas touchée depuis trois semaines, et qui malgré tout ça te jure qu’elle va bien. Il y a quelque chose de comique là-dedans, non ? Mais c’est ma nature ? Garder le sourire même quand tout part à la flotte. femme de marin encore une fois. Beaucoup de ratés sur ce mois de juillet, c’est vrai. Mais toujours, toujours, énormément d’amour au fond de tout ça. C’est peut-être bien l’essentiel, en fin de compte.

L’armée et son calendrier capricieux

Tu sais comme moi que l’armée a ce talent unique pour rebattre les cartes du calendrier sans prévenir. On croit tenir une date, et hop, elle change. On s’organise, on prend son mal en patience, et puis tout se réorganise à nouveau. C’est fatigant, oui. Mais je dois avouer une chose, presque à contrecœur tant ça me semble contradictoire : grâce à elle, j’ai fait de très belles rencontres, de date en date, d’imprévu en imprévu. D’année en année, elle m’a obligée à refaire ma vie chaque jour pour quelque chose de mieux… ou pas. Ces changements permanents m’obligent à rester souple, à ne jamais rien tenir pour acquis, et d’une certaine façon, ça m’inspire. Ça me pousse à rester agile dans ma tête, à ne pas m’installer dans des habitudes trop confortables. Même si entre toi et moi, j’en rêve de cette routine cosy… Rien n’est jamais acquis avec elle, mais dans ce rien, il y a une forme de vitalité que je ne soupçonnais pas au début. Et ces rencontres sont gravées dans mon cœur et je la remercie d’avoir mis sur ma route des Speronnes fantastiques. Je te dis ça parce que ce mois-ci il y a eu…

Les retrouvailles qui font pleurer de joie

Ce mois-ci, il y a eu énormément de retrouvailles, pour beaucoup d’entre nous. Les vidéos qui circulaient étaient absolument fantastiques, ces visages qui s’illuminent, ces bras qui se referment enfin les uns sur les autres après des mois d’attente, ces enfants qui courent vers un parent qu’ils ont presque oublié comment serrer fort. Je ne te cache pas que ça m’a mis la larme à l’œil, un bon petit moment. Comme toujours, si tu es sensible, ne tape JAMAIS « homecoming videos » sur YouTube. Jamais, jamais.

Il y a quelque chose d’hypnotique à voir l’attente se dénouer d’un coup, comme un fil trop tendu qui se relâche enfin. Même quand ce n’est pas nous, même quand c’est l’histoire de quelqu’un d’autre, on la ressent dans notre propre corps, dans notre propre mémoire de l’attente. à ne pas abuser, ou les actions chez Kleenex vont doubler.

Et puis cette semaine, justement, la séparation me semble particulièrement longue. Comme si voir tous ces gens se retrouver avait réveillé une impatience que je croyais avoir apprivoisée. Ça passe, je le sais. Mais je voulais te le dire aussi, sans fard.

Ralentir, malgré tout

Il y a quand même une chose bonne qui est sortie de tout ce chaos : j’ai réussi à relire un peu. À me poser, un livre à la main, sans culpabiliser de ne rien « produire » pendant ce temps-là. Ce ralentissement forcé, parce que oui, il a été forcé, je ne me suis pas offert cette pause de gaieté de cœur. Coire moi le cerveau stressé 2.0. Par contre, elle m’a obligée à penser à autre chose qu’au travail, qu’aux dossiers, qu’à la prochaine échéance. Et cette newsletter que je suis en train de t’écrire en est un peu le fruit direct : elle serait sans doute très différente si j’avais continué à courir sans jamais m’arrêter.

D’ailleurs, tant qu’on y est : j’ouvre une chaîne YouTube à la rentrée, ma décision est prise. Oui, oui, tu as bien lu. Un peu en écho à cette vidéo que j’avais postée sur Instagram, où je parlais de mon besoin de fraîcheur et de lenteur, ce désir presque physique de ralentir le rythme, de laisser les choses respirer. Je m’y retrouve tellement, dans cette idée, que je me dis que ça pourrait bien devenir un vrai projet, pas juste une envie de passage. On verra où ça me mène. Peut-être que ça va tout changer. Peut-être que ça restera un joli passe-temps. Dans tous les cas, je suis curieuse de la suite. Mais j’en ai marre de me mettre la pression pour communiquer.

La cuisine retrouvée

Et puis il y a eu ce moment tout simple, tout bête, mais qui m’a fait un bien fou : la visite. La venue d’amies m’a redonné une forme d’élan, et j’ai eu envie de retourner en cuisine, de retrouver mes casseroles, mes odeurs, mes petits rituels devant les fourneaux. Mon amoureux a fait des bonds au plafond en voyant ça, je crois qu’il commençait à désespérer de me revoir un jour aux fourneaux avec le sourire. Les projets avancent, doucement, tranquillement, comme une pâte qui lève sans qu’on la regarde. Il n’y a rien de spectaculaire à raconter, mais ce sont ces petits riens-là qui, mis bout à bout, redonnent de la couleur à un mois un peu terne. Mes sandwichs ont repris vie, comme ma cuisine, et c’est appréciable de prendre soin des autres comme ça.

Le mot de la fin

Je voudrais terminer sur quelque chose qui m’accompagne depuis quelques jours, une pensée qui m’a fait du bien et que j’ai envie de t’offrir à mon tour : les arrêts ne sont jamais définitifs. Seul ton cœur peut décider de s’arrêter vraiment sur ton chemin, tout le reste n’est qu’une pause, un ralenti, un passage à vide qui, tôt ou tard, repart. Le temps arrive, et le temps passe. Les choses se font petit à petit, sans qu’on les voie toujours avancer, et c’est très bien ainsi. Alors ne lâche rien, ma belle étoile. Même quand tu as l’impression de tout lâcher « comme moi ce mois-ci », ce n’est jamais la fin de l’histoire. Juste un chapitre un peu plus calme.

Voilà pour moi. Mais maintenant, j’ai vraiment envie de savoir : et toi ?

Comment as-tu traversé cette canicule, concrètement, dans ton quotidien ? Est-ce qu’il y a eu, toi aussi, un moment où tu as senti que tu lâchais prise, où la fatigue a pris le dessus sur la volonté ? Et si oui, comment t’en es-tu relevée ou est-ce que tu es encore en plein dedans, là, maintenant, en train de me lire ?

Est-ce qu’il y a, dans ta vie en ce moment, un chantier auquel tu t’accroches envers et contre tout, comme moi avec mon travail d’ordinateur ? Une chose sur laquelle tu refuses de lâcher, même quand tout le reste vacille ?

Et les séparations, les attentes, les retrouvailles, est-ce que ce mois de juillet t’a mise, toi aussi, face à des au revoir ou des retours difficiles à digérer ? Je pense en particulier à toi si tu vis, comme moi, au rythme d’un calendrier qui ne t’appartient pas complètement. Comment vis-tu ça, en ce moment précis ? Est-ce que la patience devient plus facile avec le temps, ou est-ce que certaines semaines, comme la mienne cette fois-ci, restent simplement plus longues que les autres ?

Et tes enfants, tes proches, est-ce qu’il y a eu, pour toi aussi, une « première fois » cet été ? Un lâcher-prise différent du mien, mais tout aussi symbolique ? Je repense à cette porte que j’ai refermée sur mes enfants partant sans moi, et je me demande si tu n’as pas vécu, toi aussi, un petit moment de bascule de ce genre, que ce soit avec tes enfants, ton travail, ton couple, ou même simplement avec toi-même.

Enfin, dis-moi : est-ce qu’il y a une chose, même minuscule, qui t’a fait du bien récemment ? Une visite, un plat cuisiné, un livre rouvert, un projet qui redémarre doucement ? Je suis convaincue que ce sont ces petites choses-là, plus que les grandes victoires, qui nous tiennent debout dans les mois compliqués.

Je te lis avec beaucoup d’attention et beaucoup de tendresse, comme toujours. N’hésite pas à me répondre longuement, à te livrer sans filtre, tu sais que cette lettre est un espace sans jugement, où l’on peut dire « j’ai tout lâché » sans avoir honte, où l’on peut dire « j’ai peur » sans qu’on nous demande de nous justifier.

Je t’embrasse fort, depuis mon cottage un peu trop calme, volets toujours fermés, en attendant que la fraîcheur revienne, dehors comme dedans.

Avec tout mon amour,

Ton amie qui lâche tout sauf toi.

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