De la solitude à la force : ma vie de conjointe de militaire

Chère amie,

En ce moment je vois beaucoup de choses circuler sur internet. Alors je vais ajouter mes deux centimes à la panière commune. Il y a des choses que personne ne te dit quand tu tombes amoureux/e d’un militaire, oui parce que c’est à la fois le premier truc que l’on va te reprocher. je sais c’est particulier, tu es censée tout savoir avant de l’avoir vécu…. Ce reproche bizarrement n’est jamais sortie de la bouche d’une femme de militaire, principalement des personnes issues du monde civil. Et que je me dis que tu as surement besoin d’un autre chant de sirène que celui de quelqu’un qui n’est pas dans tes chaussures ou tes petits souliers. Alors oui, en ce moment grâce aux réseaux, on en parle plus, mais souvent à demi-mots, sans jamais prendre la plume pour parler avec sa joie et son cœur. Alors comme à chaque fois, laisse-moi t’ouvrir un peu mon monde, ma douceur, en espérant que ma lettre te trouvera où que tu sois. Parce qu’on sait jamais vraiment dans quoi on met les pieds, sans l’avoir vécu…sauf pour sauter d’un pont je suis d’accord pas besoin de tester soi même.

Oh bien entendu, il existe une liste officielle d’embarquement avec tous les sujets super connus, … mais je vais commencer avec les déménagements ; Parce que les déménagements arrivent en tête. (dans ma hantise cérébrale et ma première pensée quand mon mari m’a dit qu’il était militaire… Je me souviens d’avoir pensé : « Oh, shit, pas les cartons… Tout sauf les cartons. ») J’ai d’ailleurs failli renoncer juste pour ça… Mais bon, qu’est-ce qu’un carton face au grand amour d’une vie me diras-tu?

Puis vient aussi les permissions trop courtes, des appels vidéo en décalé, de tout un tas de sujets hyper stressants. La liste pourrait durer et durer, mais j’ai pas envie de te déprimer avec cet article… Parce que dans tout ce bazard, personne ne te parle de la chose, pas n’importe laquelle, la chose la plus importante au monde, dans ce genre de relation… car si on va principalement te parler de l’instant présent. On ne te parle pas vraiment de l’après. De ce que ça fait, des années plus tard, quand le tourbillon du début est retombé et que la vie militaire est devenue ta vie, tout simplement, et que les conséquences de ce choix peuvent commencer parfois à entamer ta joie et ta bonne humeur.

Parce que l’incertitude de cette vie, c’est une grande cause d’anxiété, de stress et de mal-être. Mais la bonne nouvelle, c’est que tu as des petits tips à collecter au fur et à mesure de ton avancée dans ton niveau. Voici les vérités que j’ai apprises, parfois à mes dépens, et que j’aurais aimé entendre plus tôt. Je sais que nous avons tous nos parcours, en fonction des déménagements, des spécialités de chacun, mais si tu as déménagé beaucoup (trop), cet article est pour toi. Parce que si tu te lances aujourd’hui ou si tu hésites, il y a un truc dont on ne parle jamais ….. et c’est l’espoir ne vous deux, et l’espoir qui grandira en toi. Laisse moi t’expliquer mon pointe de vue….

De la solitude tu grandiras.

La solitude est le truc qu’on ne te dira pas forcément… on l’entend de loin. Oui oui je sais qu’il va partir…. mais es-tu prête à vivre seule ? Parce que les premiers temps on arrive à peu près à suivre, et puis viennent les formations, les opex et tout ce qui suit. Et si tu veux construire aussi un bout de chemin pour toi, ça peut vouloir dire aussi rentrer en conflit de calendrier en faisant un joyeux clash. On imagine souvent que la difficulté d’être en couple avec un militaire se résume aux absences spectaculaires : les déploiements, les missions à l’étranger, les longues séparations qu’on raconte avec emphase, et que les gens racontent avec espoir… Sauf que ceux et celles qui l’ont vécu sont peut-être un peu plus modérés concernant leurs propos. Mais la vérité, c’est que la solitude la plus tenace n’est pas celle des grands départs. C’est celle du quotidien.

C’est se réveiller, préparer le café pour une seule personne, traverser sa journée avec cette sensation diffuse qu’il manque toujours quelque chose, même quand tout va bien. C’est se coucher le soir dans un lit trop grand. Les nuits, pour moi, ont toujours été le moment le plus difficile. Le silence prend une autre dimension quand on sait qu’il durera encore des semaines, parfois des mois.

Cette solitude-là, on apprend à vivre avec, sans jamais vraiment s’y habituer. Alors si c’est ce que tu ressens, garde le cœur ouvert parce qu’il y aura des saisons, des saisons de solitude, d’autres de retrouvailles, d’autres d’apaisement, et puis il y aura celles où tu danseras sous la pluie avec ton chéri dans un calendrier trop chargé avec un trop-plein. Et que tu te rendras compte que cette solitude, c’est juste un avant-goût qui te permettra d’apprécier chaque instant, celui d’après parce que tu as tant attendu, pas forcément comme tu l’as imaginé mais plus doux parce que tu seras lui et toi ce que vous avez partagé. Et ta solitude fera de toi la femme que tu es censée devenir, confiante, capable, loyale, fidèle et merveilleuse. Elle te permettra de prendre confiance en toi comme jamais tu n’aurais pu le devenir. Oh il y aura des bas, mais cet espoir lumineux de la prochaine saison fera vibrer ton coeur comme jamais.

Souvent le trajet tu feras

Ce point-là, c’est celui qu’on n’imagine jamais assez… alors il arrive, surprenant et inattendu. parce que oui, le temps des princesses qui attendent dans leurs tours d’ivoire, c’est fini. Ça fait des années que je suis mon cher époux. c’est joe taxi, je vais le chercher, le ramener à la maison à n’importe quelle heure. Alors oui c’est parti d’un problème de confiance en la vie face aux aléas, aux annulations sncf et des avions, mais …. même si je râle parce que je vieillis, je suis fière de dire que mon mari n’a jamais eu à marcher une seule fois ces douze dernières années une marche commando pour rentrer à la maison de nuit ou de jour. Est il plein de reconnaissance? pas forcément. Est ce que j’ai eu envie de le laisser se débrouiller au retour de mission en mode grincheux? Bien entendu. la radio au volume max ets ta meilleure amie. 😉 . Sincèrement, ça ne m’a jamais pesé, mais en fonction du temps, c’est toujours astucieux d’aller à sa rencontre, d’anticiper les trajets, car j’ai toujours priorisé ces cinq minutes en changement de gare que de ne pas le voir pendant des semaines… le temps d’un baiser tendre et doux. Je sais, je suis comme ça… Je préfère le voir 5 minutes entre deux trains plutôt que de ne pas le voir du tout… J’ai presque honte de le dire maintenant que je te le dis, mais oui, j’ai fait ça… une heure trente de route pour un baiser, bon le prix de l’essence n’était pas le même. J’étais jeune et amoureuse de mon monsieur. Je le suis toujours, mais aujourd’hui je suis un peu fatiguée pour continuer à lui courir après. J’ai tendance à le laisser prendre de l’avance….

Car avec le temps, on réalise une chose simple mais marquante : ça va être à toi de te déplacer vers les autres, plus que les autres ne viennent vers toi. Les amis, la famille, les évènements importants… tu apprends à faire le premier pas, encore et encore, parce que ton emploi du temps, lui, ne dépend pas que de toi. Sauf si tu trouves une miss chat à garder précieusement.

Et c’est précisément pour cette raison que les personnes qui, elles, font l’effort de venir à toi prennent une valeur immense. Ce sont elles qui comptent vraiment. Apprendre à reconnaître et à chérir ces personnes-là, celles qui se déplacent sans qu’on ait à le demander, c’est l’une des leçons les plus précieuses de cette vie. En amour, dans la vie, tu verras les gens qui viendront et resteront le temps de te le dire, mais mets le pied dehors, n’aie pas peur de courir après tes rêves, les personnes que tu aimes, oublie les codes de genre, aime comme un livre romantique, vis cette histoire du mieux que tu le peux avec ceux que tu as à donner, ta passion, ton sens du service, de la patience, de la tendresse. Les petits moments font les grands moments parce qu’un jour, des années après, un homme que tu as rencontré te murmura : « Merci d’être toujours venue », ému à souhait, surtout après des années. Mme Eis, tu râles, même si tu traînes le speid, crois-moi, cette confiance d’être là pour toi et pour ton bonheur te sera rendue démultipliée.

Toute seule tu apprendras

Je t’en parlais un peu dans le paragraphe précédent, mais tu deviendras la version de toi la plus efficace, la plus fatiguée aussi, mais la plus compétente et confiante. Même quand tu ne sais pas ce que tu fais, tu essaieras avec ta force et le courage qui font de toi la personne que tu étais amenée à devenir. Réparer une fuite, gérer les démarches administratives, prendre des décisions importantes, élever les enfants seule pendant des semaines, déménager un appartement entier sans aide… la vie de conjointe de militaire te transforme, parfois sans prévenir, en une personne capable de gérer absolument tout.

Au début, ça fait peur, surtout dit comme ça, mais les choses vont se faire petit à petit, et dix ans après tu regarderas celle que tu étais au début et tu verras la femme que tu es devenue… le chemin parcouru, tu souriras en coin en regardant le miroir et tu te sentiras fière… fière de toi. La vérité est que même si on se sent dépassée, un peu trop souvent, et qu’on aimerait qu’il soit là pour partager le poids des décisions… eh bien tu es ta propre héroïne. Même si mon monsieur débarquerait s’il le pouvait en hélico à la moindre occasion, il m’a fait un joli chrono avec sa voiture de sport un jour d’ailleurs… mais c’est une autre histoire.

Avec le temps, quelque chose change défintivement pour le meilleur. Ces moments où tu te débrouilles seule, où tu trouves la solution sans l’aide de personne, deviennent profondément valorisants. Tu découvres une force que tu ne savais pas avoir. Et cette force-là, personne ne pourra jamais te l’enlever. Et dans les moments difficiles, tu te dis : « Je l’ai déjà fait, je vais gérer », chose impensable quand tu étais cette jeune fille sortie de l’enfance. Et puis sans le voir, les gens viendront à toi parce qu’ils sentiront que tu es capable de tout.

Tout le monde ne tiendra pas ses promesses.

C’est sans doute l’une des leçons les plus douloureuses que j’ai apprises, mais qui m’ont permis d’ouvrir mon cœur à la tolérance et à la bienveillance. Tout le monde ne sera pas présent de la façon dont il te l’a promis. Des amis disparaissent. Des membres de la famille, qui juraient être là « quoi qu’il arrive », ne répondent plus aux messages au moment où tu en as le plus besoin. Et toi non plus, des choses promises ne pourront finalement pas se faire et c’est décevant.

C’est blessant, mais c’est aussi révélateur. C’est dans ces moments-là que tu apprends qui constitue réellement ta communauté, ton véritable cercle de soutien. Et c’est aussi dans ces moments-là que tu apprends à quel point tu es forte, même quand tu te sens abandonnée. Cette épreuve, paradoxalement, finit par te rapprocher des bonnes personnes, celles qui méritent ta confiance.

Et c’est ce qui s’est passé, il y a des fois où moi j’ai pas pu être là pour les gens que j’aimais, concédés à l’autre bout du pays, c’est dur. J’ai appris que les personnes étaient parfaites et que chacune faisait de son mieux avec ce qu’elle avait à offrir au moment où… et à contrario, des personnes que tu ne connais pas viendront, comme des miracles du ciel pour t’aider au moment où tu te tiendras seule… Et ça, ça sera le plus beau cadeau que la vie te fera. L’aide viendra à ceux qui essaient.

Tu te feras de très bons amis… pour leur dire au revoir.

Ce qui arrive à ce point ici, la vie militaire est rythmée par les mutations, les nouvelles affectations, les départs. Tu vas rencontrer des personnes extraordinaires, des amitiés qui naissent vite et profondément parce que vous traversez les mêmes réalités, les mêmes absences, les mêmes nuits trop longues. Et puis, inévitablement, l’un de vous deux part.

Dire au revoir à ces amies devient une habitude amère qu’on n’arrive jamais complètement à apprivoiser. On se console en se disant que les vraies amitiés survivent à la distance, et c’est souvent vrai. Mais le vide laissé par chaque départ est réel, et il faut apprendre à le traverser, encore et encore, sans devenir hermétique aux nouvelles rencontres.

Garde ton cœur bien ouvert, des gens auront besoin de ta lumière, ce ne sont que des cycles et avec un peu de chance tu retrouveras toi aussi des gens que tu avais cru perdus des années après et tu verras que rien n’a changé, au contraire, hormis quelques rides et des cheveux blancs en plus. La vie est faite de surprises… Ne l’oublie pas ! Alors fonce et va découvrir le monde. Va explorer dès que tu peux, même dans les endroits insoupçonnés, la vie est faite d’émerveilles, fais confiance en ton aventure et ta bonne étoile.

Pour finir, ton propre pilier tu deviendras.

Après toutes ces années, s’il y a une vérité qui résume tout, c’est celle-ci : on devient, sans toujours le choisir, son propre pilier.

Ce n’est pas une question de ne plus avoir besoin de personne, ni de prétendre que tout va bien tout le temps. Il s’agit simplement d’être juste assez forte pour tenir, jour après jour, même dans les moments où tout semble trop lourd à porter seule. C’est apprendre à se reposer sur soi-même quand il le faut, sans pour autant fermer la porte à l’aide des autres quand elle se présente. Je sais, je sais, les femmes de marins ont cette réputation hyper exacerbée de wives solitaires parce que c’est la vérité, ça bouge trop vite pour qu’on ait le temps de rester dans une unité de, je sais pas, c’est trop grand, trop gros, trop rapide… et pourtant, Dieu sait qu’on en aurait besoin. On a pas de caserne, pas de garnison, juste notre solitude et notre difficulté à déléguer, on va traquer tout ce qu’on trouve parce qu’aller de l’avant, c’est tout ce qu’on sait faire sans avoir le choix.

Il faut que tu comprennes que dans cette vie certaines personnes se perdent en chemin. Cette vie est exigeante, elle use, elle teste les couples d’une façon que peu de gens comprennent vraiment de l’extérieur. Il n’y a aucun jugement à avoir envers celles et ceux pour qui ça n’a pas tenu : ce chemin n’est pas fait pour tout le monde, et ce n’est pas un échec de le reconnaître.

Mais pour celles qui continuent d’avancer, je veux dire ceci : si une histoire doit durer, elle durera. Garde espoir. Choisissez-vous, l’un l’autre, encore et encore, même les jours où c’est difficile. C’est dans ce choix répété, fait à deux, que se construit une force qu’aucune séparation ne pourra jamais vraiment briser. Tu es le cœur de cette embarcation, il a beau être le nord, c’est toi qui vas donner la force d’élan, alors préserve toi, préserve ton cœur, et profite de chaque instant. Rien n’est dû, mais tout est à construire, alors si tu veux aller le retrouver après cet article, fonce à cette gare, va courir, le retrouver avant que le train siffle son départ, … et n’oublie pas qui tu es… ni d’où tu viens. Alors prête à partir à l’aventure?

Avec tout mon amour.


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