|

En couple avec un militaire, le film: Cœur ennemi

Qu’est ce que l’on regarde ce soir? Parce qu’il y a des films qu’on regarde pour se divertir, et d’autres qui nous touchent à un endroit précis sans le savoir. Cœur ennemi, avec Keira Knightley, fait partie de la deuxième catégorie pour moi. Je suis tombée dessus par hasard. Encore un film de fond pour passer le temps pendant le dessin. C’est vraiment ces périodes où je me fait une overdose de films, et çà me permets de découvrir des pépites comme celle-ci.

Pour être vraiment honnête, j’étais très étonnée que le film n’a pas fait l’unanimité côté critiques, mais au final çà ne me surprend pas. Il est trop juste pour certaines choses et pas assez sensationnel. Et quand on voit les critiques bingo… Certains l’ont trouvé « trop lent, trop classique, trop sage ». Comme si la romance ne pouvait pas être une histoire de lenteur que tout devait absolument être explosif. Ce film, je pense qu’il faut le regarder avec un regard de l’intérieur. Parce que figure toi que c’est le seul film jusqu’à aujourd’hui que j’ai vu sur ce thème qui comporte des choses que je n’avais jamais vues racontées aussi justement. Le principal pilier étant; ce que ça fait de retrouver quelqu’un qu’on aime après des années, et de ne plus savoir comment être ensemble. Ok, dis comme çà , çà fait un peu drama queen….. mais peu de gens l’ont autant vécu que les gens de la seconde guerre mondiale! Un jour je te raconterai comment un aéro a été récupéré par un sous marin, déclaré mort, et est rentré chez lui dans la panique générale trois mois après. J’imagine même pas l’état de sa femme. Bref, on y revient! Mais ce film m’a marqué à une échelle plus réduite sur la vie qui continue pendant ses longues absences. On se lance?

(Petite précaution : je parle de l’histoire et de la fin. Si tu n’as pas vu le film, tu peux revenir me lire après.)

Un film sur ce qui vient après

L’histoire se passe à Hamburg, pendant hiver 1945-1946, donc après la capitulation. La guerre est finie, mais la ville est en ruines. Tout reste à re construire, on est dans une ambiance post guerre où la famine, le froid, le manque d’abris rend la situation difficile pour beaucoup, avec la présence d’anglais dans les rues. Lewis Morgan, colonel britannique, est chargé de cette « reconstruction ». Sa femme Rachel, jouée par Keira Knightley, le rejoint enfin après la guerre. Ils ne se sont pas vus depuis des années, séparés par la guerre et par le devoir du colonel.

Le titre original, en anglais en dit un peu plus The Aftermath, mais Cœurs ennemis nous dit tout. Ici on ne parle pas de bataille, ni de victoire où quoique ce soit, juste la vie des gens après le désastre de la guerre qu’il faut continuer à vivre. Et c’est ça qui m’a happée dès les premières minutes, le thème continuer dans l’absent identifie le film comme une sorte de longue retrouvaille teintée de où va t on. C’est très juste au niveau du ton. Parce que les familles de militaires et de marins, le savent, parfaitement et malheureusement. Le moment où ils reviennent n’est pas la fin de l’histoire. C’est le début d’une autre épreuve, plus discrète et pourtant tout aussi vertigineuse, qui décidera si le nous en vaut encore la peine.

Rachael, la femme de militaire qui ne sait pas où aller

On peut la trouver détestable, froide, hautaine, potiche, ou encore décorative. Mais Rachel est cette femme qui arrive et débarque dans une ville qu’elle ne connaît pas, pour retrouver un homme qu’elle aime mais qu’elle n’a pas vu depuis des années. Wahouah… On est d’accord? Et au lieu d’un foyer qui l’attend, elle découvre une grande maison qu’ils vont partager avec ses anciens propriétaires, un architecte allemand et sa fille. N’oublie pas , elle a vécue sur une ile bombardée pendant des années par les raids allemands.

Et, tu sais quoi passé le choc initial de savoir où aller? Elle ne sait pas où se placer. Elle n’est pas chez elle, mais elle n’est pas non plus une invitée. Elle est « la femme du colonel » dans une maison qui n’est pas la sienne, auprès d’un mari devenu en partie un inconnu. Ne jugez pas le personnage mais la situation…. que ferais tu dans son cas?

Cette sensation, je pense que tu la connais. Trouver sa place en faisant avec ce qui reste. Imagine un flottement face à un changement de situation, et une recherche d’un refuge quelconque dans un espace qui a changé, avec une personne qui a changé, pendant qu’on a changé soi-même. Je t’en ai parlé dans mon article sur le syndrome des retrouvailles, le monde nous dit que tout retombe naturellement en place, … euh pas du tout! Et ça ne se passe jamais comme ça, sauf rares exceptions.

Rachel essaie pourtant. Elle essaie de rallumer quelque chose avec Lewis, de retrouver le lien. Elle lui laisse de l’espace, elle lui laisse du temps… elle tente. Mais lui reste en retrait, absorbé par son travail, comme si la présence de sa femme était presque trop à encaisser. Et elle, déjà fragile, se retrouve seule dans cette maison immense, avec ses pensées. Je te le dis de suite, recette désastre.

Retrouver l’intimité : la difficulté de se toucher à nouveau

Puis, le film décide de nous montrer autre chose avec une grande justesse. La difficulté de retrouver l’intimité après une longue séparation dans un couple. La proximité avec l’autre, celui qu’on chérit, celui qu’on aime. On imagine que ce sera naturel, évident, presque magique. Dans la vraie vie, c’est souvent maladroit. On ne sait plus comment se toucher, comment se regarder. je te l’ai déjà dit, c’est souvent une phase d’apprivoisement, une danse délicate. Le corps a oublié, et la tête a peur.

Il y a une sorte de pudeur dans ces retrouvailles-là. Une sorte de retenue qui ne dit absolument rien de l’amour qu’il y a et qu’il y a eu. Mais qui révèle des chapitres complets sur la distance parcourue entre deux êtres qui ont vécu dans des mondes séparés, avec leurs propres réalités. Rachael tend la main vers Lewis pendant tout le film espérant un sursaut, et il ne sait pas la saisir. D’ailleurs on a e envie un peu de l’emplafonner aussi le bonhomme, même si on comprend son inertie. Je te l’ai déjà dit, mais si tu as déjà vécu un retour où, malgré l’envie, quelque chose coinçait, tu sais ce que je veux dire. Ce n’est pas un échec du couple. C’est le temps qu’il faut pour réapprendre l’autre.

Deux deuils qui ne se rencontrent pas

Attention spoiler!!!! Spoiler, spoiler, spoiler…. c’est bon? Et puis il y a le fond de l’histoire, ce qui pèse sur eux deux, mais on le devine, et c’est confirmé bien après : la perte de leur fils, Michael, mort lors d’un bombardement sur Londres. On comme ce à recoller les morceaux, le côté perdue de Rachel, sa haine pour les allemands. Son côté perdu, c’est une maman en deuil.

C’est là que le film devient vraiment profond. Parce qu’on comprend qu’en plus de la distance des retrouvailles il y a ce moment de deuil intense entre les deux personnages. Rachael et Lewis vivent tous deux le même deuil, mais chacun à sa façon. Et ces deux façons semblent ne jamais se rencontrer. Elle laisse principalement parler sa douleur, son cœur. Quant à lui il s’enferme dans l’action, dans le devoir, dans le travail. Chacun pense que l’autre est incapable de comprendre, et chacun reste seul avec sa peine, mais sous le même toit.

Je crois que c’est l’un des plus grands pièges de la vie à à deux. La comparaison, on est persuadé que l’autre souffre moins, ou différemment, ou pas du tout, parce qu’il ne le montre pas comme nous. Quelque soit le sentiment, on manque parfois d’empathie pour les personnes avec qui l’on partage sa vie, même pour les personnes les plus attentives. Car dans els moments de deuils, de doute, de changement, on peut tous être surchargés par le tout venant que l’on oublie de faire preuve de compréhension. Et l’incompréhension s’installe. Et plus elle s’installe, plus les silences deviennent lourds et difficile de s en sortir.

Lewis, le colonel qui garde son humanité

Lewis, lewis, lewis, parfaitement joué par l’acteur. On peut le trouver froid avec sa femme, mais j’ai aimé le voir dans la chaleur dans son rôle. Il est de ceux qui, au milieu des ruines, essaient de rester humains. Ses collègues se moquent de lui pour ça d’ailleurs, on a envie de faire une descente de tartines gratuites. mais lui continue, loyal à son coeur. Parce que c’est sans doute la dernière chose qu’il lui reste : sa dignité, sa capacité à voir des personnes là où d’autres ne voient que des ennemis.

C’est lui qui prend cette décision étonnante de ne pas chasser la famille allemande de sa propre maison, quitte à se fâcher avec Rachel pour ce geste.

Pour moi, c’est l’une des grandes forces du film, cette force de ne pas oublier l’autre côté. Il y a ceux qui ont subi : les bombardements, les pertes, les deuils, la vie civile arrachée du jour au lendemain. Et il y a ceux qui ont fait, sur le terrain, ce qu’ils pouvaient, en essayant de ne pas laisser la guerre leur prendre ce qu’ils étaient. Et malheureusement, personne n’en sort intact, peu importe le rôle joué dans l’histoire. Bourreau victime. Tout le monde. Chacun porte sa part de cauchemars, de souvenirs, de j’aurais dû, et les multiples points de vues et la construction de l’histoire permet de voir çà. Le pari est réussi.

Ce film rappelle que derrière chaque uniforme et chaque nom, il y a des gens qui essaient de survivre à ce qu’ils ont traversé. Et Lewis leur donne un visage.

La romance légère qui permet de respirer

Attention à nouveau, spoiler, spoiler, spoiler…. c’est bon? Désolée!

Il y a, bien sûr, le fond de romance. On peut en parler sans rougir. La vie de couple avec un militaire à très mauvaise réputation. Oui çà se sépare, çà divorce, çà se dispute, mais en même temps? Quels couples subissent autant de tension au quotidien? De tests de patience, de foi et d’endurance? L’aventure de Rachel avec Stefan, l’architecte allemand et à la fois une surprise et en même temps prévisible. Ils vivent sous le même toit, et lui aussi marqué par la perte de sa femme. Parce que ce que Rachel cherche à faire, c’est retrouver de la chaleur humaine. Lewis n’est pas là, elle a besoin de connexion et sa quête pendant deux heures c’est avoir une conversation, une accolade, un regard, une parole, pour se sentir exister.

Sur le papier, ce n’est pas ce qu’on attend d’une histoire de couple, mais à l’écran, on y voit clairement autre chose. Plus qu’une simple trahison, avec un caprice de partage. J’y ai vu une respiration. Un moment de paix pour cette femme qui a tout perdu et qui est seule dans une Angleterre en guerre, avec un passé qui la ronge à chaque instant. Avec Stefan, il n’y a pas d’histoire commune à porter, pas de deuil partagé. Il lui offre un espace où elle peut exister autrement que comme une mère endeuillée ou une épouse qui attend. On le voit aussi avec la scène où elle propose à la fille de Stefan de se faire coiffer.

Face à l’inertie de Lewis, qui reste sans voix, enfermé dans son silence, cette tendresse neuve a quelque chose de guérisseur. Rachel a juste besoin de se sentir vivante le temps d’un instant.

Je ne dis pas absolument pas que c’est la bonne solution.. mais je me réserve de juger le personnage parce que ce que je vois c’est une femme le cœur déchiré qui touche le bonheur du bout du doigt, qui aime désespérément son mari. Et ce film amène délicatement cette idée avec ce besoin profond de chaleur humaine quand tout le reste est gelé.

La beauté du temps qui a passé

Ce que j’ai aimé aussi, c’est la manière dont le film montre le temps. principale critique c’est lent! Oui c’est lent, mais quel problème se résout en cinq minutes quand il est aussi complexe….. C’est une histoire humaine pas un drama. Le temps a des rôles multiples, il sépare, il transforme, il creuse des distances. Mais il fait son œuvre, il ramène doucement les choses à leur place.

Parce qu’après des années d’absence, on ne retrouve jamais la personne qu’on a quittée. On retrouve quelqu’un qui a vécu, souffert, changé. Et il faut accepter de la redécouvrir, plutôt que d’attendre qu’elle redevienne celle d’avant. C’est une leçon que j’ai mis des années à apprendre, et que le film raconte sans jamais la souligner et sans la perdre de vue.

La fin : repartir de zéro ou reprendre là où on s’est arrêtés ?

Et puis il y a la fin. Celle qu’on s’est tous posée un jour? dans ce cas on fait quoi? On reste, on part, quand on a tout essayé, quel choix doit on suivre, celui du cœur, ou de la tête?

Après la rupture, après les mensonges, après tout ce qui a été dit et tout ce qui est resté tu, Lewis finit par enfin s’ouvrir. Il dit enfin sa peine, ce qu’il avait gardé enfoui depuis la perte de leur fils. Et à ce moment-là, quelque chose se débloque.

Rachel se retrouve devant un choix. Tout recommencer, reconstruire à neuf, comme deux étrangers qui apprendraient à s’aimer autrement. Ou reprendre là où ils s’étaient laissés, avec leur histoire, leurs blessures, tout ce qu’ils ont traversé ensemble. Et je m’arrêterais là parce que je pense que chacun a sa propre intelligence de situation par rapport à son vécu.

Ce que j’en retiens, c’est que parfois l’amour n’est pas une question de repartir à zéro ou de revenir en arrière. C’est simplement choisir, d’avancer en faisant un pas.

Ce que ce film m’a laissé

Cœur ennemi n’est pas un film d’amour parfait même si on rêve d’avoir une relation aussi solide que Lewis et Rachel. Mais il parle avec beaucoup de pudeur de quelque chose que les couples de militaires et de marins connaissent bien : la difficulté de se retrouver après l’absence, la peur de ne plus savoir être ensemble, la place qu’on cherche dans un foyer qui a continué sans nous, et le deuil qu’on traverse chacun de son côté sans savoir comment se rejoindre.

Si tu vis ou as vécu quelque chose de proche de ça, je crois que ce film peut te faire du bien. Il n’offre pas vraiment de solutions, mais il chuchote à celui ou celle qui en a besoin et qui l’a vécu que d’autres l’ont ressenti. Et on peut, malgré tout, se retrouver. Cœur ennemi porte bien son nom.

Si çà t’a plu pense à jeter un coup d’œil à mes articles écrits pour les couples à distance; les couples militaires, la section en couple avec un militaire.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *