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Le choc des retrouvailles: le retour du marin bouscule ton équilibre

Il est peut-être 00h02, ou 2h42, ou 5h04 du matin. Et quelque part en mer un marin ne dort pas, et toi non plus. Tu es surement dans ton lit, la maison encore en désordre ou tout est parfaitement rangé, ou au contraire une tornade a ravagé la maison, dans la panique ou la sérénité…. On est tous différents… Pourquoi cette insomnie? Parce qu’il rentre dans trois jours.

Les retrouvailles qui bousculent ton équilibre

Tu as peut être connu les retours le sourire aux lèvres, les larmes de joie, la danse de la victoire devant ton miroir, les petits sauts de joie à l’idée de le revoir…. Et c’est top! Quand çà se passe comme çà, c’est vraiment chouette! Et parfois… au lieu de compter les heures avec un sourire léger, tu es là, les yeux ouverts dans le noir, en train de taper dans Google : « pourquoi je me dispute avec mon mari, copain, conjoint, dès qu’il rentre de mission ». Aïe, Aïe , Aïe, bienvenue dans la réalité des départs multipliés… quoique qu »il n’y ait pas vraiment de règles ma foi… dans cette histoire. Je pense qu’on vit toutes la même chose mais pas forcément dans le même ordre….

Avant tout chose, si tu lis ces lignes, laisse moi te rassurer et et dire que tu es au bon endroit, … Ici, tu n’es jamais seule. Cet endroit a été pensé pour toi pour que tu puisses y venir pour trouver du réconfort, de la compassion et énorme dose d’empathie. Parce que je suis toi et tu es moi. J’ai été cette fille, cette femme qui a minuit, dans un appartement en délocalisation totale a tapé en vain des requêtes psys google pour faire en sorte que çà se passe au mieux, pour chercher des réponses que l’on a pas…. Parce que ce genre de chose à se dit à voix basse….

Alors laisse moi t’enlever une épine du pied avant de commencer,  tu n’es pas une mauvaise épouse, une mauvaise compagne, une mauvaise finacée, ou une mauvaise mère, ou une copine, petite amie, un crush ou date, j’ai oublié un statut ou quelque chose?

Parce qu’il existe un nom pour ce que tu vis. On l’appelle le « syndrome des retrouvailles », ou « le choc du retour« … Tu sais un peu comme le choc culturel mais porté dans ton couple… Et malheureusement même si on y est toutes sujettes…. presque personne n’en parle vraiment, ou entre portes fermées, entre personnes ultra proches issues du milieu. Mais surtout jamais au grand jour! D’où cette sensation qui peut te sembler un truc pas « normal », mais en fait est vécu par des milliers de couples.

Alors on va en parler, toi et moi, comme deux copines qui se disent les choses telles qu’elles sont, sans chichis, sans détours en mode discretos…..

Le piège de l’idéalisation

Je ne suis pas psychologue encore une fois, je suis sociologue fraude politologue, je ne détiens pas les réponses. juste une expérience…. mais il y a un truc dont je veux absolument te parler. Un sorte de biais cognitif qui existe concernant ces sujets. Pendant des semaines, parfois des mois, on a attendu ce jour. Fais pas semblant je te connais,…. souviens toi on porte les mêmes chaussures…. Tu l’as imaginé mille fois dans tous les sens… le quai, les bras qui s’ouvrent, les larmes de joie, ce moment suspendu où tout redevient simple. Son parfum, tes mains qui s’agrippent à son corps, ce premier contact physique si savoureux. Son visage, son sourire, son rire, sa peau…. les mégaboumasses…( ses pecs saillants) Pardon, je me reprends.

Et puis le jour arrive, rien ne se passe comme prévu ou au contraire tout se déroule et tu planes…. complet, t’oublies absolument tout. T’avais pourtant tout préparé mais t’es complétement à côté de tes chaussures ( Coucou la team perturbée). Pourtant tu le sais les retrouvailles ont bien lieu aujourd’hui, et tu peux douter, ou être à fond… Il y a pas de règles….. Les photos sont belles, parfois, parfois pas vraiment…. Surtout quand tu te regardes avec le fusilier du quai qui comprend pas où est ton mec et qui te regarde paniquer et lui aussi…….. ou parce que ton monsieur a décidé qu’il ne prenait pas le car principal ou qu’il descendrait en dernier, ou il sortirait par le fond du bateau….(j’aime mon mari) …

Et puis, il y a cette attente, du top départ pour vraiment rentrer, une course effrénée pour ranger, moment à deux, çà discute logistique, çà se regarde, çà s’ignore, çà se tourne autour, çà s’observe…. çà s’agaçe, çà se touche pour passer la frustration de rentrer parce que l’ordre vient à tarder. Et puis…enfin vous rentrez….et la vraie vie reprend.

Plus tôt rapidement parce que même si cette phase de zéro à trois jours que je qualifie de lune de miel est présente, la réalité vient souvent la laminer rapidement. Et avec elle, une vague de sentiments beaucoup moins glorieux : l’irritation, la fatigue, l’envie soudaine d’être un peu seule, un agacement pour des broutilles…. Bah oui tu retrouves des chaussettes au milieu du salon, ses caleçons dans la salle de bain et il a l’outrecuidance de boire dans TON verre,… tu sais celui que tu t’es préparée avec soin et amour…. et d’un coup sa prise d’espace te semble insupportable et tu te demandes quand est ce qu’il repart en culpabilisant à l’instant où tu y penses…. La façon dont il range les assiettes ressemblent à une agression, et la façon dont il parle à vos enfants. ou simplement l’entendre respirer. Sa simple présence dans TON espace devient ingérable.

Et tu sens dans la tenue de la pire personne au monde, parce que tu en as marre…..et çà ressemble un peu à çà « Je l’ai attendu six mois et maintenant qu’il est là, je n’arrive pas à le supporter. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Et souvent çà fini en larmes , la plupart du temps, quelque part dans le jardin, de préférence au milieu d’une fête histoire de bien ancré ta détresse,…. Et te voilà à regarder les étoiles, à nouveau seule en redoutant le prochain moment à deux, parce qu’on ne sait pas comment se dire els choses on à oublier…. et te demander ce que tu fais de mal…. pour les mamans çà dure trois minutes, bah oui, il a besoin de toi parce qu’il trouve pas son pull…. celui qui était dans la panière à linge que tu n’as pas lavé depuis six mois pour garder son doeur…et tu ne sais pas si tu dois rire ou continuer à pleurer.

çà te parle un peu? Alors laisse moi te le redire bien fort rien ne va pas chez toi. Absolument rien.

Ce que tu ressens porte un nom bien précis, il a été observé et documenté chez d’innombrables familles de marins, de militaires, d’expatriés professionnels. Ce n’est ni un manque d’amour, ni un défaut de caractère. C’est un phénomène psychologique parfaitement identifié : le choc de deux mondes qui se recollent.

Le choc des deux mondes : pourquoi le retour bouscule ton équilibre

Imagine une onde de choc dans de l’eau, assez fort pour éloigner en deux parties le liquide dans un récipient plein. Et la vague de retour pour se recentrer…Aussi désirées soit-elle, les retrouvailles peuvent être un choc. Ce que le choc des retrouvailles nous coûte…

Côté toi : le deuil silencieux l’autonomie, et la reprise de pouvoir sur ton agenda perso

Parce que oui faut le dire, on sait très bien que c’est pas nous qui choisissons le rythme de notre vie, l’armée impose son rythme. Pendant son absence, tu as tout géré. La maison, les enfants, le budget, les rendez-vous médicaux, les devoirs, les pannes de chauffe-eau, les nuits difficiles, les repas, le linge, les to do list à rallonge. Tu as développé tout un éco-système de survie en solo. Tes petites habitudes. Unr organisation de folie pour tout rentre sur les 24h et tu fonces, tu cours. Tu as surement culpabilisé sans arrêt pas assez présente que ce soit dans ton boulot, avec tes enfants, avec tes amis, avec ton entourage car tu pensais aux retrouvailles. Celles là qui te font te sentir mal aujourd’hui. Une compétence de cheffe d’orchestre que tu ne te connaissais peut-être pas, si c’est ton premier rodéo.

Et puis il rentre. Plein de bonne volonté, souvent ou pas. Et il supprime la sensation du peu de contrôle que tu pouvais avoir, les objets bougent, tu perds du temps à chercher des affaires qui étaient là la veille. Tu essaies tant de mal de garder ton rythme mais tout se décale. Il pose des questions sur « pourquoi tu fais comme ça c’était pas mieux avant?» à propos d’une organisation que tu as mis des mois à peaufiner sans lui.

Ce n’est pas de la mauvaise volonté de sa part. Mais pour toi, chaque petite remise en question ressemble à une intrusion dans un territoire que tu as défendu seule, pendant longtemps. Je le sais parce que je l’ai vécu On ne t’a rien enlevé officiellement, et pourtant, tu as l’impression de perdre quelque chose : ton autonomie, ton rythme à toi, la liberté de faire sans avoir à s’expliquer.

Côté lui : le syndrome du « passager de sa propre vie »

De son côté, la transition n’est pas plus douce. Il quitte un univers ultra-hiérarchisé, rythmé à la minute près, confiné, où chaque tâche a sa place et chaque journée sa routine. Où quelqu’un lui dit quoi faire à chaque instant….. imagine le choc. ici pas de but, pas d’ordre… rien le monde doit lui sembler vaste et coloré…. mais surtout bordélique. Il arrive dans un foyer où la vie a continué sans lui, où les enfants ont grandi, où de nouvelles habitudes se sont installées, où une organisation entière fonctionne très bien sans qu’il en ait été l’auteur. Ou si tu es sans enfants, toi tu as pris tes habitudes de sortie de promenades, de routines, de nourriture…..netflix était à toi.

Il peut se sentir étranger dans sa propre maison. Un figurant qu’on accueille avec joie, mais qui doit réapprendre les codes d’une pièce qui a continué de se jouer sans lui. Il se peut qu’il soit aussi en colère, de voir que tout a continué, tout a changé….. sans lui. Il est parti avec une photo, et la photo n’existe plus.

Les gens étrangers te diront que tu n’as pas à subir çà….C’est vrai. mais ce que je vois c’est deux personnes qui s’aiment profondément, dont les deux mondes doivent retrouver un espace commun. C’est le défi des retrouvailles, pour le meilleur et pour le pire. Alors qu’est ce qu’on fait?

Les 3 phases psychologiques des retrouvailles

Une seule méthode, une seule solution, la patience. Je te vends çà ici bien entendu on enlève toutes les situations abusives et dangereuses. Mais comprendre que c’est un passage temporaire et défini dans le temps aide à s’accrocher. encore une fois rien n’est éternel çà se saurait. Donc on va décortiquer çà en trois étapes, ce qui je l’espère va te permettre de la traverser sans paniquer, et surtout sans te juger. Tu peux aussi ne pas avoir tout çà en tête , souviens toi chaque retrouvaille est différente. Il n’y a pas de règles.

La phase de ta lune de miel

(estimation de durée: 1 à 3 jours)

On saute, on danse, ou on balise parce qu’elle est proche du zéro. On est euphoriques, heureuses et sures de nous. Il est revenu, il sent bon le sable chaud ou pas. On a le soulagement immense dans le cœur . L’intimité retrouvée, la joie simple d’être à nouveau tous ensemble sous le même toit. Ces premiers jours ou quelques heures, sont souvent doux, presque irréels.

La friction, ou « le recadrage » , prise de bec en perspective

(estimation de durée: 1 à 3 semaines)

C’est la phase la plus difficile!!! C’est là où çà gonfle et que tu as envie de déborder. C’est le méga choc, méga clash. Les habitudes de chacun se heurtent. Le manque d’espace vital se fait sentir, on a envie d’être ensemble mais pas trop. Les petites tensions du quotidien remontent à la surface : qui décide, qui fait quoi, qui a raison sur l’organisation de la maison, en gros c’est qui qui décide….. de quoi, où , comment, c’est moi qui conduit…. ah bon pourquoi? …..-_-…..

Cette phase est critique pour ton couple, parfois on a encore suffisamment de ressources intérieure pour y faire face, parfois la déprivation de sommeil, la fatigue, la nervosité font un combo de choc. Ce que j’ai appris avec le temps, c’est qu’elle ne signifie pas forcément que ton couple va mal. Elle signifie que deux systèmes bien rodés sont en train de se réaligner, et que ce réalignement demande du temps, de la patience, et beaucoup de douceur envers toi-même. Et çà ce discours je le clame haut et fort parce qu’il n’existe pas assez. C’est temporaire mais çà ne doit pas durer.

Le nouvel équilibre

(estimation de durée: après un mois ou trois mois , plus….)

La routine se réinstalle, petit à petit, des tensions restent les premiers temps, et peuvent persister. Mais une nouvelle organisation ou une ancienne à deux se forme ou reforme, différente de celle d’avant le départ, ou proche. J’ai souvent remarqué que c’est une version un peu plus mature de ton couple qui émerge de cette traversée. la tempête est passée. A condition de vous être laissé le temps de la vivre sans vous juger, c’est pas le moment de ressasser. On avance et on garde espoir.

Mon petit Guide de survie : comment réussir la transition sans exploser

Voici quelques pistes concrètes, testées et approuvées parfois, rien n’est magique à toi de trouver ce qui fonctionnera.

La règle des 48 heures de décompression

Résiste à la tentation de tout planifier dès le retour : le grand repas de famille, les travaux en attente depuis des mois, la liste de discussions importantes à avoir absolument. Offre-toi, et offrez vous, 48 heures sans enjeu. Le temps que les corps et les esprits se réajustent avant que la vraie vie ne reprenne son rythme. De toute façon, le premier truc qu’il va faire c’est aller dormir. Parce que demain il risque de travailler à nouveau.

Le partage progressif du pouvoir

Je sais si tu es maman, tu n’as qu’une envie c’est rebalancer les responsabilités sur ta moitié, et de dormir, de souffler de t’aérer. Et c’est totalement normal. Si tu es sans enfants, tu n’as qu’une envie c’est d’avancer sur vos projets mis en attente. Idem. Tu n’as pas à lui rendre toute ta logistique d’un coup, et il n’a pas à tout reprendre en main immédiatement non plus. Choisissez ensemble, petit à petit, les domaines qu’il réinvestit en premier, en proposant –> Qu’est ce que tu veux faire? donner la douche aux enfants, faire le linge, le repas? Tu as envie de cuisiner? Qu’est ce qui te ferait plaisir? L’idée c’est qu’il choisisse le rituel avec les enfants, une tâche précise, plutôt que de tout redistribuer en bloc dès le premier jour et attendre qu’il le fasse. Parce qu’il a parfois « oublié » surtout après six mois en mer.

Te créer des sas d’isolement

Cela peut sembler contre-intuitif après une longue séparation, mais accepter que chacun ait encore besoin de moments seul est un signe normal de bonne santé, et pas de rejet. Une promenade solitaire, une heure de silence, une soirée où chacun vaque à ses occupations, ce ne sont pas des preuves de désamour, ce sont des soupapes nécessaires à la réadaptation. Et en laissant cette opportunité d’être seul, tu vas voir qu’il va vite revenir. Et toi aussi. Je te dis çà parce que je sais que tu l’as attendu des mois, c’est peut être votre première année de vie commune, entrecoupé de micro retours… et se prendre une porte fermée trois minutes après l’avoir ramené à la maison. Littéralement. C’est dur, très dur pour le moral. C’est là qu’il faut communiquer « je comprends, ….. je ressens, est ce qu’on pourrait… » Tu vas voir çà va passer.

Se parler, simplement

La plupart des tensions viennent de besoins non exprimés, comme dis au dessus. C’est l’outil le plus puissant que tu puisses avoir et il est capable de désamorcer beaucoup de malentendus : posez-vous, à quelques jours du retour, des questions honnêtes sur ce dont chacun a le plus besoin cette semaine-là du calme, du lien social, du sommeil, du temps à deux. de vos envies, de vos humeurs, par contre il est nécessaire de garder le cœur ouvert sans juger, c’est dur mais tu peux y arriver.


Souviens toi , Tu n’es pas seule dans cette traversée

Si tu ressens de l’irritation, de la fatigue, ou même l’envie fugace que « les choses redeviennent comme avant, juste toi et les enfants », ou juste toi et ton chat c’est ok aussi. Cela ne remet rien en cause vous concernant tous les deux surtout le premier temps. Cela veut simplement dire que tu es en train de vivre un processus d’adaptation méga hardcore, aussi légitime que difficile à nommer.

Le syndrome des retrouvailles n’est pas un problème de couple, c’est une étape à recentrer dans un cycle plus grand. Une étape qui se traverse, qui se comprend, et qui, avec un peu de patience mutuelle, laisse souvent place à un équilibre encore plus solide qu’avant.

Tu as tenu la maison seule pendant des mois. Tu peux bien t’accorder le droit de traverser ce nouveau chapitre sans culpabilité, à ton rythme, à deux.

Avec tout mon amour, tiens bon, parce que tes retrouvailles c’est pas le moment du quai c’est tout ce que vous allez créer après!

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