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Protéger vos derniers jours avant le départ · Pour les couples qui vivent au rythme des missions

Dans la grotte, on parle souvent d’amour à distance. De couples qui traversent l’absence. Aujourd’hui, je veux parler d’une version particulière de cet amour : celle des couples militaires. Parce que c’est une réalité que je vis. Et parce que personne n’en parle vraiment.

Si tu n’es pas concernée, cet article n’est peut-être pas pour toi aujourd’hui. Mais si tu l’es, ou si tu connais quelqu’un qui l’est, j’espère que ces mots t’apporteront du réconfort. »

Chère amie, Cher ami,

Cela fait déjà un moment que quelque chose me traîne sur le cœur et l’esprit. Peut-être as-tu déjà ressenti ce poids de ne pas trouver les mots justes ? Ces derniers jours quelque chose qui me chiffonne régulièrement est revenue me hanter et j’avais besoin de t’en parler.

Je ne suis pas psychologue, donc je n’ai sûrement pas les mots, et ce texte reste une vision parmi d’autres. Je ne détiens absolument pas une vérité essentielle. Cependant je partage juste mon ressenti, avec beaucoup d’empathie et de délicatesse, comme toujours afin que quelqu’un qui en a besoin trouve ce texte et reprenne confiance en elle. Car étant confrontée régulièrement à une situation qui m’agace, je voulais t’en parler. Te dire que je te vois. Que je te comprends, mais te dire que je te vois. Que je te comprends. Parce que cette réalité, peu de gens la comprennent vraiment sans l’avoir vécue.

Ce moment délicat du cœur : les départs en mission et « la famille »

Le moment dont je voulais te parler et apporter ma pierre à l’édifice pour que le discours trouve écho chez d’autres c’est le moment où il s’en va. Pas encore parti mais en préparation de séparation. Ce moment où il reste deux trois semaines avant le prochain départ en mission. Tu connais malheureusement le tableau, lui, sûrement méga stressé, déjà dans son monde, dans sa tête, en train de ressasser sa mission. Et toi. Seule. En train de te préparer à gravir l’escalator en sens inverse tout en récupérant les oranges balancées du 4ème étage… Et tout ça sans casse. Et tu essaies de le soutenir mais tu aurais aussi besoin de soutien. Parce que celle qui part sans les avengers c’est toi… c’est pas lui. Lui il y a une armée littéralement qui part avec lui. Toi par contre, il va falloir passer en « one woman army ». Je suis sincèrement au regret de te l’annoncer mais les muscles dans ton couple c’est toi.

Dans l’amour avec un uniforme tu vis une relation à distance, « comme beaucoup de gens » mais celle-ci c’est la version hardcore. Je te parle de ces années où tout compte double. Que tu en sois au début ou déjà avec de la bouteille certaines seront plus dures que d’autres pas forcément en longueur, en intensité mais surtout dans l’incertitude. Parfois des missions de deux semaines vont être aussi dures que 5 mois parce que tu n’es pas prête, ni au top de ta forme, ou juste drainée, et l’absence de ton conjoint même « pour une mission, formation de routine » peuvent te sembler insurmontables. Un énorme voyant rouge sur le planning, ou comme dirait un général tu n’es pas prête à faire de la corde à sauter H24 — il se pourrait que tu ressentes un besoin profond de protéger ton sanctuaire. … c’est-à-dire de faire de ta paix ta priorité numéro une.

Sauf que.

Si tu fais partie de ma génération on t’a souvent inculqué le besoin de te faire passer après les autres. Et quand je disais les autres c’est principalement tout le monde sauf toi. Et ça c’est un risque énorme de te créer une dissonance, pouvant aller jusqu’à un vrai mal-être. Si tu es en couple avec un uniforme c’est principalement parce que tu as le sens du service qui coule également dans tes veines, et c’est ça qui fait tenir ton couple et l’amour que tu peux avoir pour ton conjoint. Et quand les autres arrivent famille, amis, et autres invités, et bien tu peux avoir du mal à leur faire comprendre poliment que tu es déjà à bout de nerfs. En soi ce n’est pas grave, l’orage va finir par passer, parce qu’encore une fois si tu es avec un militaire qui part régulièrement du foyer tu n’as sûrement pas le temps pour les disputes habituelles de couples. Cependant les gens vont t’en demander beaucoup. Venir lui dire au revoir mais ça fait longtemps, il part longtemps, mais ça va passer vite….. le manque d’empathie c’est clairement pas le moment.

Mais dans ce cas particulier je dis Stop.

Pas de manière impolie. Juste… poser des limites. Pour calmer aussi ton cœur qui est en peine, et qui a le droit de saturer.

Quand tout le monde s’invite « pour profiter »

Tu sais ce qui arrive, n’est-ce pas ?

Les « il faut qu’on le voie avant qu’il parte ». Les « on organise un repas dimanche ». Les « mais c’est la dernière fois qu’on peut tous être ensemble ». Avec les meilleures intentions du monde.

Mais ces jours-là ne leur appartiennent pas.

Ces jours où tu te prépares mentalement. Où tu fais le plein de lui pour tenir les mois à venir. Où vous avez besoin d’être juste… vous. Sans public. Sans avoir à sourire pour rassurer tout le monde que oui, oui, ça va bien se passer.

Parce que pendant qu’il est là, tu dois aussi préparer ton cœur à son absence. Tu dois faire tes réserves. De câlins. De rires. De silences partagés. De matins lents. D’odeur de lui sur l’oreiller. De sorties à vélos, de rires, et on sait qu’ils sont rares et précieux avant les départs.

Et tu ne peux pas faire ça si ta belle-mère est dans le salon en train de pleurer parce que « son bébé s’en va » pendant que tu essaies de tenir debout, même si au fond tu comprends son chagrin parce que c’est ton mari aussi.

Non, ça ne fait pas de toi une personne égoïste

La mise au point essentielle que j’ai mis du temps à comprendre et je t’offre les codes de triche avec un pass direct pour le niveau suivant. Écoute ton cœur.

Non c’est non. Et sur le principe je te soutiens sur le fait que tu ne devrais pas avoir à le redire. Et non ça ne fait pas de toi une personne égoïste sans cœur de ne pas vouloir ouvrir les portes de ta maison, de ton sanctuaire, de votre bulle. C’est plus facile à dire qu’à faire, je sais. Mais tiens bon. Je crois en toi. Parfois, la famille proche le voit régulièrement tout au long de l’année, alors que vous, vous n’avez que quelques semaines précieuses ensemble. Et pourtant, c’est au moment du départ qu’ils veulent « profiter de lui ». C’est difficile à comprendre, n’est-ce pas ? »

Je milite fermement pour que ça devienne une norme et plus une exception de se laisser dire au revoir entre vous. De fermer les portes du sanctuaire.

Parce que c’est toi qui restes. C’est toi qui vas tout porter pendant de longs mois. Quand les « ça va vite passer » pleuvent autour de toi. Alors que toi tes cernes sont déjà installées depuis des années. Sans faire de régle générale, ce sont souvent ces gens-là qui te demanderont le droit de venir le voir au moment ou toi tu n’en as pas envie, et qui sont parfois moins présents, voir absents quand tu as vraiment besoin d’aide. Quand tu croules sous la charge mentale. Quand tu aurais besoin d’un coup de main concret.

Mon cœur est avec toi, et je t’envoie mes bras chauds et fermes pour te soutenir de loin.

Comment dire non (sans se briser)

La question que tu vas me poser c’est concrètement comment je fais ? C’est clairement pas moi qui vais te dire « de rester forte » ou « tiens bon ». Ou courage tu es une warrior. Tu sais que tu l’es au fond de toi !, et tu es juste épuisée.

Le seul conseil que je me permets et que je donne à toutes les femmes de militaires c’est écoute ton cœur. Suis ton flow. Si tu dois sortir des cases du normal, du standard dans une vie bien rangée car la tienne n’est pas le dawa fait. Ne te laisse pas impressionner par les vies qui semblent plus simples, plus rangées. Personne n’est dans tes chaussures. Apprends à dire non et à froisser des egos ? Ce n’est pas grave. Si c’est non aujourd’hui, c’est non. La prochaine fois, ça sera peut-être oui. Mais aujourd’hui, c’est non.

Pioche dans mon pêle-mêle d’idées, comme je dis souvent à mon cher prends-moi excuse j’assume :

« On a besoin de ces derniers jours juste nous. On se voit au retour. »

« Merci de penser à nous, mais là, vraiment, on a besoin de calme. »

« Les enfants ne se sentent pas bien. On a besoin de rester tranquilles en famille. »

Et si on insiste ? Tu ne te justifies pas. Tu répètes, calmement : « On a besoin de ça. »

Point. On ne va pas plus loin. Au retour on fera la fiesta quand monsieur ou madame sera prêt et surtout pas avant. Suis ton rythme et le vôtre pas celui des autres.

Normalise le fait de t’écouter

C’est normal d’écouter tes enfants qui ne sont pas bien. Qui n’ont clairement pas envie d’avoir un public pas attentif ni bienveillant dans leur salon alors que papa part demain. Et qui ont envie de craquer aussi. C’est normal de n’accepter que les gens qui te font du bien.

C’est normal de dire « pas maintenant » à ceux que tu aimes mais qui, sans le vouloir, prennent trop de place dans un moment où tu n’as déjà plus assez d’espace pour respirer. C’est normal de protéger votre bulle, votre sanctuaire. Ces derniers jours qui sont à vous. Et encore une fois ça devrait être normal de ne pas réclamer cette tranquillité et je te soutiens à 100% dans cette bulle.

Ce qu’on fait vraiment de ces jours

Pas besoin de grandes sorties. Pas besoin de « profiter à fond comme si c’était la dernière fois avant un moment » (parce que ça fait un peu mal, cette phrase, non ?).

Parfois c’est juste :

Cuisiner ensemble pendant qu’il te raconte des bêtises

Préparer son sac à deux, en silence

Regarder un film nul collés sur le canapé, ou votre série préférée

Marcher main dans la main sans parler, sortir courir, faire du vélo

Dormir enlacés le plus longtemps possible, se caresser

Respirer son odeur très fort pour s’en souvenir

C’est banal. C’est précieux. C’est à vous. Le calme est roi dans ces moments sacrés.

Un dernier mot pour que tu puisses tenir

Tu sais ce qui va se passer quand il sera parti ? Tu vas devoir être encore une fois super forte pour tes enfants. Gérer la maison seule. Répondre aux messages de sa famille qui s’inquiète. Sourire quand on te demande « comment tu fais ? » sans faire voler quelques dents….. Porter tout le monde encore une fois.

Alors avant qu’il parte, tu as le droit de ne porter que toi. Et lui. Et vos enfants si vous en avez.

C’est tout.

Le reste peut attendre.

Le reste doit attendre.

Donc ma très chère amie, et mon très cher ami, si tu vis ça en ce moment. Si tu sens cette pression de dire oui alors que tout ton corps crie non. Si tu culpabilises de vouloir fermer ta porte. Pour l’avoir vécu il y a quelques jours au point de retrouver mes nausées de stress. Je te le dis avec tout mon cœur : tu n’as pas à t’excuser de vouloir protéger ta paix. Ces derniers jours vous appartiennent. Entièrement. Ferme les portes. Baisse les stores. Débranchez les téléphones si nécessaire. Partez. Et soyez. Juste… vous. Sans témoin. Sans public. Sans avoir à être forte pour quelqu’un d’autre.

Parce que la force, tu vas en avoir besoin. Pour après. Pour les mois qui viennent. Pour tenir l’escalator en sens inverse pendant qu’il est loin. Alors maintenant, repose-toi dans ses bras. Fais le plein. Protège votre bulle.

Mon cœur est avec toi. 🤍


Si cette situation résonne en toi, sache que j’ai créé le podcast « murmures au cottage », et une collection d’illustrations pour les couples qui vivent au rythme des missions. Pour célébrer cet amour patient, résilient, qui traverse les absences et les retrouvailles. Parce que votre histoire mérite d’être vue, honorée, célébrée.

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