Écrit à chaud, après un énième trajet à Bordeaux
Bonjour cher cœur,
Je t’Ă©cris depuis mon retour de cette ville oĂą tout semble possible cette lumière, cette chaleur, ces bâtiments anciens qui racontent des siècles de vie. Chaque fois que j’y arrive, j’ai cette mĂŞme envie irrĂ©pressible de tout lâcher, d’enfourcher mon vĂ©lo et de sentir ce vent de libertĂ© me fouetter le visage. Tu connais ce sentiment ? Cette sensation que pour quelques heures, tu appartiens entièrement au moment prĂ©sent ? C’est l’effet bordeaux.
Peut-ĂŞtre que toi aussi tu l’as senti, quelque chose dans l’air depuis cette semaine. Le retour du soleil, sa chaleur douce et timide de printemps qi s’installe si discrètement. Peut-ĂŞtre as-tu eu la chance d’entendre les oiseaux revenir, toujours plus nombreux, leur chant qui couvre doucement le bruit du monde ? Hier soir, un rossignol est venu chanter dans le jardin. Je me suis arrĂŞtĂ©e. Et j’ai Ă©coutĂ©.
Pour moi c’est ça, le printemps. Pas une grande annonce. Juste ce petit quelque chose qui murmure : tiens bon, c’est pour bientĂ´t. Et des cadeaux de la nature, des jacinthes qui poussent, les jonquilles sauvages qui fleurissent, l’herbe qui redevient douce…..
Ceci dit, l’arrivĂ©e du printemps est Ă double tranchant ici. J’espère que tu n’as pas Ă©tĂ© touchĂ©e par les intempĂ©ries notre ville de Saintes est encore sous l’eau, ainsi que ses villes voisines le long de la Charente. Des spectacles de dĂ©solation sous un ciel qui ose dĂ©jĂ sourire. C’est Ă©trange, ce calme après des semaines de tempĂŞtes. Comme si la lumière avait pris une dĂ©cision pendant la nuit et qu’elle ne comptait plus faire demi-tour. Que le printemps a gagnĂ© sur la dernière tempĂŞte.
En ce moment, je boucle comme une mamie — et pardonne-moi cette petite digression du dimanche — que nous sommes les premiers ĂŞtres humains Ă vivre ce printemps, cette date prĂ©cise. Et pourtant, depuis des millĂ©naires, des gĂ©nĂ©rations entières ont attendu comme nous ce retour. MalgrĂ© les Ă©preuves, malgrĂ© les hivers. Et le printemps est revenu. Toujours. Et un de mes grands jeux de saison, si tu veux jouer avec moi, c’est d’imaginer le paysage Ă travers les annĂ©es…;C’est peut-ĂŞtre la chose la plus rĂ©confortante que je fasse en ce moment, d’imaginer des animaux errĂ©s dans la paix sur les lieux oĂą je me tiens prĂ©cisĂ©ment. Essais donc et reviens me dire ce que tu ressens.
Ce que nos esprits nous font avant qu’on ait mĂŞme essayĂ©
Le cĹ“ur de ce murmure au cottage, le sujet difficile Ă aborder…. Dis-moi , est-ce qu’il t’arrive de te convaincre que tu n’es pas prĂŞte ? Pas assez. Pas encore. Que le bon moment viendra, forcĂ©ment, un jour, quand les planètes seront alignĂ©es et que tu auras enfin rĂ©glĂ© cette histoire de liste de choses Ă faire longue comme un bras ?
Nos esprits sont de petits professionnels des nĹ“uds de tricot. La procrastination dĂ©guisĂ©e en sagesse, l’anxiĂ©tĂ© habillĂ©e en prudence, le manque de certitude qui se fait passer pour du rĂ©alisme. Pas assez de talent. Pas assez de ressources. Pas encore le bon moment. Et cette dernière « le bon moment » c’est la plus retorse de toutes, parce qu’elle a l’air tellement raisonnable.
Je te raconte ça en ayant la luciditĂ© de savoir que j’ai moi-mĂŞme ramassĂ© ces dernières annĂ©es. LittĂ©ralement pas de temps pour moi. DĂ©mĂ©nagements, enfants, missions, mutations, finances , il m’a fallut presque dix ans pour comprendre que j’attendais une stabilitĂ© qui ne viendrait jamais. Et j’ai compris que c’Ă©tait ça, le piège : attendre des conditions idĂ©ales pour commencer Ă vivre ce qu’on est censĂ©e vivre.
Il y a deux ans, j’ai repris le dessin. Pas en sautant Ă l’eau d’une traite, non. PlutĂ´t en trempant les orteils, en prenant la tempĂ©rature. En me demandant si j’Ă©tais encore capable, après tout ce que ces dix dernières annĂ©es m’avaient coĂ»tĂ©, de redevenir celle que j’Ă©tais censĂ©e ĂŞtre. Quelques heures par jour. J’avais perdu ma patte, ma prĂ©cision, mon cĹ“ur, mon âme , enfin c’est ce que je croyais.
Cette semaine, çà va faire pile deux ans, j’ai fait mes premières ventes.
Je te laisse relire ça tranquillement.
Premier mois, premières ventes.…..
Je n’ai pas pour habitude te dire quoique ce soit, chacun ses leçons Ă apprendre, chacun ses propres certitudes…. mais l’action bat l’anxiĂ©tĂ©. Toujours. Le mouvement fait taire l’angoisse et lui laisse moins de place. Ce n’est pas moi qui le dis c’est ce que tu ressentiras la première fois que tu te lanceras malgrĂ© la peur. Pour ce printemps, est-ce que tu as quelque chose qui t’attend depuis trop longtemps ?
Ce que j’ai ratĂ© cette semaine et pourquoi tu vas te reconnaĂ®tre
Pour dĂ©samorcer cette tension insoutenable, il faut absolument que je te raconte un truc. Parce que si je ne te partage que le beau, tu vas finir par croire que je suis une sorte de cygne giga organisĂ© giga zen qui glisse sans effort sur l’eau. La vĂ©ritĂ© ? Sous la surface, les pattes pĂ©dalent dans la semoule. Ma vie est un chaos orchestrĂ© d’une main de maitre.
Cette semaine a Ă©tĂ© l’une de mes plus chargĂ©es depuis longtemps niveau travail, quotidien, et charge mentale. Et au beau milieu de tout ça, dans un Ă©lan de pression et de surtout-pas-faire-de-fautes, la seule chose que j’attendais depuis des mois l’ouverture de ma boutique, et mes premières commandes, j’ai inversĂ© le prĂ©nom et le nom d’une de mes clientes sur sa commande. J’Ă©tais tellement Ă©mue, tellement stressĂ©e d’ĂŞtre Ă la hauteur. de penser Ă donner le meilleur de moi mĂŞme que j’ai fait une « moi ». Passer Ă cĂ´tĂ© de l’essentiel et de l’Ă©vident.
Je m’en mords encore les doigts, mĂŞme si j’ai la chance d’avoir des clientes au les plus merveilleuses qui soient.
Mais tu sais ce que ça m’a rappelĂ© ? Que mĂŞme avec la meilleure routine du monde, mĂŞme avec toute la bonne volontĂ© possible, il y a des semaines oĂą on craque. Et ce n’est pas un aveu de faiblesse c’est juste ĂŞtre humaine. On corrige, on s’excuse avec grâce, et on continue. Ou alors on se reconvertit dans le stand-up, au choix. Artiste comique je me tâte.
Est-ce que toi aussi tu as eu une de ces semaines oĂą tu t’es dit mais qu’est-ce qui m’arrive ? Dis-moi que je ne suis pas seule.
Les belles surprises de ce mois-ci
Et puis il y a eu les belles rencontres, des crĂ©atrices de peinture aux pigments qui m’ont ouvert des portes d’expression que je cherchais sans le savoir. Tu connais ce moment oĂą tu tombes sur quelque chose et tu te dis mais oui, c’est exactement ça que je veux travailler depuis des annĂ©es ? VoilĂ .
Et puis il y a eu ces premières livraisons Ă vĂ©lo, notre agent de poste adorable Ă qui je rends toujours visite avec plaisir, et ce tour de Bordeaux qui m’a rechargĂ©e Ă bloc. Les nouveaux visages qui arrivent dans le monde du cygne amoureux, vous toutes, si prĂ©sentes, toujours avec vos mots si gentils! C’est incroyable Ă tel point que j’ai ouvert un mur des gentillesses sur ma page d’accueil mais je pense crĂ©er juste une page rien que pour çà …. Une page avec vos retours, vos gentils mots, mais surtout, vos messages hyper inspirants qui sont des pĂ©pites Ă l’Ă©tat brut.
Dans cet Ă©lan d »amour et la gratitude que j’ai pour cette semaine, j’allais oublier, ce qui aurait Ă©tĂ© un vrai crime, un moment hyper important que j’attendais impatiemment ce dimanche midi. J’ai mangĂ© chez mon amie. Mon Alwena pour de vrai. Celle qui habite loin de chez moi depuis des annĂ©es. Et qui aujourd’hui est Ă une heure de route. Un dĂ©jeuner du dimanche chez elle, c’est l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait faits. Le genre de chose simple qu’on n’apprĂ©cie pas assez ou au contraire qu’on apprĂ©cie tellement que le chagrin du bonheur simple qui nous Ă©chappe nous brise le cĹ“ur et qu’un deuil commence. Mon coeur ets gonflĂ© de joie Ă l’idĂ©e de me dire que je peu aller manger une glace avec elle aux beaux jours dans la pelouse verte du jardin. Pour moi c’est çà l’amour.
Est-ce que tu as, toi aussi, un de ces petits bonheurs simples auxquels tu ne penses pas assez souvent ? Je t’invite Ă le nommer, juste pour toi, ce dimanche.
Pour celles et ceux qui attendent
J’aurais aimĂ© finir sur cette note joyeuse ma lettre du dimanche, mais mon cĹ“ur va aussi vers toi, si l’Ă©tat du monde pèse un peu trop lourd en ce moment.
Pour les conjoints et conjointes de ceux qui sont dĂ©ployĂ©s. Pour ceux qui s’apprĂŞtent Ă partir. Pour ceux qui attendent en regardant la porte. Pour les familles qui se sĂ©parent Ă cause des conflits qui secouent le monde mon cĹ“ur est avec vous, tous les jours.
Toutes mes pensĂ©es vont vers l’amour, la joie, et la paix. Ça peut sembler dĂ©risoire face Ă l’ampleur des choses. Mais je crois sincèrement que la vie continuera longtemps après nous alors donnons notre meilleur Ă ceux qui en ont besoin. Prenez dans vos bras les gens que vous aimez le plus. Et attendez le retour de l’ĂŞtre aimĂ© avec la foi, la tendresse, et l’amour comme seule boussole. Et si le coeur est trop lourd, mon site est lĂ aussi pour çà .
Bon dimanche, belle âme. Que mars te soit doux, que le printemps t’inspire, et que cette semaine ressemble Ă ce que tu mĂ©rites : quelque chose de beau. 🌿
Camille
