|

Les symboles des cygnes dans l’art et les légendes

(et pourquoi je les dessine)

Partie I

Il est là. Droit, immense, blanc comme la neige fraîche. Il occupe un pan entier d’un de mes murs, sa silhouette déployée en arche majestueuse au-dessus de tout. Ma première toile dont j’ai été vraiment fière. Celle que j’ai regardée un matin en me disant, pour la première fois depuis très longtemps, que j’avais créé quelque chose qui me ressemblait. Je l’avais créé avec l’intention de rendre justice à cet animal somptueux.

Je n’avais pas encore compris, à ce moment-là, à quel point ce choix n’était pas un hasard, mais un premier pas vers où j’irai quelques années plus tard… Le tout premier d’une longue lignée.

Parce que le cygne ne s’est pas simplement invité sur mes murs ou dans mon travail par caprice esthétique. Il est venu comme viennent les choses essentielles, discrètement, obstinément, jusqu’à ce qu’on les reconnaisse. Jusqu’à ce que j’accepte d’en faire non seulement mon animal de cœur, mais le nom de mon héroïne, mon pseudonyme d’artiste, et une marque en cours de dépôt auprès de l’INPI depuis janvier. Ce n’est pas rien.

Alors aujourd’hui, j’ai envie de te raconter ce qu’il m’a dit, ce cygne. Et tout ce que les civilisations, les conteurs, les peintres et les poètes ont essayé de capturer en lui depuis des millénaires.

Installe-toi. Prends le temps. Cette lettre-là, elle a des racines profondes.

✦

Ce que l’on voit avant tout : la grâce silencieuse

Il y a quelque chose de presque insupportablement beau dans la façon dont un cygne se déplace sur l’eau. Pas d’effort visible, pas de précipitation, pas de bruit. Juste cette glisse parfaite, ce col qui courbe avec une élégance qui semble tenir de la géométrie sacrée autant que de la biologie. Et tout çà en silence. J’ai passé des heures à les observer dans les bassins.

C’est probablement la première chose qui m’a attirée chez eux, le mouvement silencieux. Cette image du mouvement sans agitation. Ce paradoxe que ceux qui me connaissent un peu reconnaîtront immédiatement : sous la surface, les pattes pédalent dans la semoule, mais en surface, on glisse. On glisse parce qu’on a appris, parfois à force de chutes, que le chaos intérieur n’a pas besoin d’être exposé au monde entier pour être réel.

Le cygne m’a appris ça, sans le savoir. Ou peut-être en le sachant très bien. Ou peut-être est ce moi qui me suit identifié à lui.

Ses ailes, quand elles se déploient, changent tout. Ce sont elles qui m’obsèdent dans mes illustrations. Ces grandes ailes blanches qui transforment un oiseau de lac en quelque chose d’autre, quelque chose qui appartient simultanément à l’eau, à la terre et au ciel. Un être des seuils, un voyageur entre les mondes. Et ça, nous allons y revenir, parce que les anciens l’avaient compris bien avant moi.

Au commencement était le mythe : Zeus, Léda et la constellation

Si tu t’intéresses un peu à la mythologie grecque, tu as forcément croisé cette image troublante : Zeus, roi des dieux, qui se métamorphose en cygne pour approcher Léda, reine de Sparte. L’histoire est ancienne, complexe, et les auteurs grecs ne s’accordent pas toujours sur les détails Ovide dans ses Métamorphoses, Euripide dans son Hélène, Apollodore d’Athènes dans sa Bibliothèque en donnent chacun une version légèrement différente.

Ce qui est fascinant, dans toutes les versions, c’est le choix du cygne. Pourquoi cet oiseau-là ? Pourquoi le maître de l’Olympe, qui aurait pu se transformer en n’importe quelle créature, choisit-il systématiquement la forme du cygne pour ses conquêtes les plus illustres ?

Parce que le cygne est divin en lui-même. Sa blancheur immaculée, sa grâce, son silence tout en lui évoque quelque chose qui dépasse le commun. Les Grecs l’avaient compris : le cygne n’est pas un déguisement parmi d’autres. C’est une forme qui porte en elle la puissance et la beauté à parts égales.

Et l’union de Zeus et Léda donna naissance à des êtres extraordinaires : Castor et Pollux, les Dioscures, mais aussi Hélène de Troie, dont la beauté déclencherait la guerre la plus célèbre de l’Antiquité. Pour commémorer cette naissance, Zeus plaça le cygne parmi les constellations. Lève les yeux par une nuit claire, et tu verras encore cette croix lumineuse que les astronomes appellent Cygnus, la queue de l’oiseau marquée par l’étoile Deneb, sa tête par Albiréo, cette magnifique étoile double aux couleurs orangée et bleutée.

Le cygne est donc littéralement inscrit dans le ciel depuis l’Antiquité. Il fait partie du décor permanent du cosmos. Je trouve ça vertigineux.

Et puis il y a Apollon, le dieu de la lumière, de la musique et de la poésie. Zeus lui offrit un char tiré par des cygnes pour voyager jusqu’à Delphes. L’oiseau blanc devint ainsi l’emblème du dieu des arts et d’une certaine façon, chaque fois que je prends mon pinceau, je me demande si je ne perpétue pas malgré moi ce lien très ancien entre le cygne et la création artistique. En tout cas cette douceur, de me dire que j’appartiens à une longue histoire de créateurs, j’aime représenter ‘l’essence de cette créature incroyable.

Les Celtes et le passeur entre les mondes

Mais les Grecs ne sont pas les seuls à avoir sacralisé le cygne. Dans les traditions celtes, cet oiseau occupe une place encore plus centrale et beaucoup plus intime.

Pour les Celtes, le cygne n’est pas simplement beau. Il est un être des seuils, capable de naviguer entre le monde des vivants, le ciel des dieux, et l’Autre Monde, ce royaume invisible qui coexiste avec le nôtre. Sa capacité à nager, voler et plonger faisait de lui une créature liminale dans le sens le plus profond du terme. Un passeur. Un messager.

La légende irlandaise des Enfants de Lir, l’une des plus belles et des plus douloureuses que je connaisse, illustre cela parfaitement. Les quatre enfants du roi Lir sont transformés en cygnes par leur belle-mère jalouse, condamnés à voguer pendant neuf cents ans sur les lacs d’Irlande. Mais même sous cette forme, ils conservent leur voix humaine. Ils chantent. Et leurs chants sont si beaux qu’ils apaisent tous ceux qui les entendent.

Ce mythe me touche profondément, et pas seulement pour sa beauté poétique. Il parle de transformation subie, de beauté qui survit à l’épreuve, et surtout et c’est ce qui me remue le plus de liens qui résistent à tout. Les enfants de Lir restent ensemble, fidèles les uns aux autres, même dans la métamorphose. La blancheur du cygne et son association avec l’eau purificatrice en fond, dans toute la culture celtique, un emblème de fidélité et d’harmonie que le temps ne peut pas effacer.

Les druides portaient le blanc comme couleur symbolique de la lumière la même lumière incarnée par le plumage du cygne. Dans les mythologies nordiques, les Valkyries, ces guerrières mystiques qui choisissaient les héros sur les champs de bataille, revêtaient parfois des manteaux de plumes de cygne pour se transformer et traverser les mondes. Le cygne comme vêtement de passage. Comme peau de l’entre-deux. Commences tu à comprendre où je veux en venir?

Pour Jean Markale, spécialiste de la mythologie celtique, le cygne est un « animal sacré d’origine hyperboréenne », excuse moi pour l’expression. Et sa blancheur fait de lui un symbole de la lumière solaire mais sous son aspect féminin car dans les langues celtiques, le soleil est du genre féminin. Il est à la fois lumière et douceur. Force et grâce. Je ne pouvais pas mieux choisir mon animal totem.

Voilà ce que j’essaie de capturer au plus simple, au plus doux, et au plus juste à travers mes dessins…..

En espérant avoir piqué ta curiosité pour cet animal, je te laisse à tes pensées en attendant la suite de cet article qui pose toutes les fondations de ma démarche artistique.

Avec tout mon amour,

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *