
C’est reparti.
Encore une fois, encore pour un tour, ou pour un détour. Je ne sais plus trop quoi penser de cette année. Un énième lancement, l’avant-dernier . Un que j’avais planifié mais qui s’est transformé en quelque chose de différent à travers le temps, un cri du cœur pour transformer un lieu, un espace en moment de tendresse.
La sensibilité, ton premier matériau de création
J’ai vraiment cette impression de faire ça tous les jours, et en même temps, chaque fois c’est comme la première. On recommence, on espère, on crée, on doute, on se dit qu’on aurait dû faire les choses différemment et qu’un jour nous serons à la hauteur. Mais… à hauteur de quoi, ma chère amie ? Ça, je l’ignore. Les réponses sont multiples. Des attentes, de la vie, de notre entourage, des enfants en nous, de la lumière du matin, d’un esprit divin, de quelque chose qui a mis son énergie, ses espoirs en nous… J’ai l’impression qu’à chaque fois il s’agit plus de laisser partir quelque chose. Que ce soit une pièce du cœur, une mélodie de l’âme, une symphonie d’espoir… Que l’on se doit de le poser là, sur une table, et de s’éloigner.
Ou de laisser une lettre d’amour sur un banc en espérant que quelqu’un la lira… du moins la bonne personne…. Mais cette fois, dans cette histoire, il y a deux facettes. Et je ne sais pas laquelle est la plus coûteuse dans le lâcher-prise des lancements. Est-ce la première, la phase lumineuse, amoureuse, pleine, à l’image d’une pleine lune solaire ?
Celle retranscrite dans les mariés du cottage, celle des rendez-vous dans l’attente, dans la joie de voir l’autre partir vivre ses rêves et d’assurer que la maison sera prête quand il reviendra. L’idée d’une promesse qu’on se fait à deux quand on croit encore que tout est possible. Cette facette-là, elle rayonne tournée vers l’avenir, solaire à l’image du soleil de printemps revigorant, doux et lumineux, promesse de jours meilleurs. Elle sent le bonheur du matin, l’odeur de café chaud dans un baiser donné, des draps froissés partagés, des rires dans la cuisine, dès le matin, du roucoulement des tourterelles pour nous annoncer que c’est le moment de se réveiller…
Elle sent bon la vie quand elle est douce, quand elle tient ses promesses, quand l’amour n’a pas encore été abîmé par le quotidien. C’est la facette joyeuse, passionnée, rayonnante qu’on porte en soi comme un secret précieux, celle qui nous protège du vent.
Et puis il y a l’autre côté de la pièce, face le soleil, pile la lune….. Cette danse, ce violon que l’on entend, ce tambour qui sonne en fond, ces demandes, plus exigeantes, plus froides, plus rustiques, celle de tenir envers et contre tout. Celle de ne jamais faillir…, et qui nous éloigne du monde afin de se faire engloutir par la nature sans jamais revenir. Cette phase, celle de l’exigence, celle à l’image de la danse classique, longue, tenace, douloureuse physiquement, plus intriquée, plus sombre, plus sombre…Le parfait, la perfection inatteignable…..
Celle qui nous fait rentrer dans un combat perdu d’avance. Celui qui parle de prendre soin de soi, celui de tenir quoi qu’il en coûte à tous les prix, même si ce prix c’est la solitude du cœur, et le silence dans les cris… celui de l’amour perdu qui dure… parce que finalement personne ne comprendra ce qu’il en coûte de rester.
Mais on leur dit stop, car cette face de cette pièce de fortune, c’est celle aussi du retour à soi, du chemin vers soi, lent, souvent inconfortable, parfois douloureux. Celui de se remarier avec soi-même, dans la plus grande douleur, et d’embrasser ses parts d’ombre, de n’en faire plus qu’une à l’image de deux cygnes noir et blanc enfin réunis. Après l’échec d’opposition des faces d’une même pièce, l’on se rend compte que l’ombre est essentielle pour faire jouer la mélodie de la lumière. Parce que l’on ne peut pas vraiment aimer quelqu’un d’autre si nous n’avons pas d’abord appris à s’asseoir avec soi-même sans fuir, en se regardant en face, le mauvais comme le bon…
Ces deux facettes coexistent en permanence, pas l’une ou l’autre, mais les deux, ensemble, en tension, en dialogue. Celle des attentes anciennes, c’est celle d’un monde trop lisse et poli, trop moderne pour les vieilles âmes en quête de vérité. Alors on fait avec…..
Si tu fais partie de cette génération qui a grandi dans un monde qui n’existe plus vraiment, je sais que mes mots toucheront ton cœur au plus profond de toi. Ce « jamais de temps », toujours dans le bruit, dans la cacophonie, je sais que tu cherches le doux bruit des oiseaux, tu recherches le silence de la forêt, l’absence de trace d’humanité. Pour oublier ce monde qui s’est accéléré pendant que l’on regardait ailleurs, … parce que les vieilles âmes ne sont pas toujours au bon endroit… et un matin on s’est réveillé en se demandant quand est-ce qu’on avait arrêté d’entendre nos propres pensées. Quand est-ce qu’on avait arrêté d’entendre les oiseaux ? Quand est-ce que le silence était devenu inconfortable au lieu d’être une maison ?
Chère amie, Tu es au bon endroit ici, sur ce chemin, celui du retour aux sources à ce que ça devrait être. une place quelque part entre deux mondes.
Marchons ensemble quelques instants si tu le veux bien, car comme toi je suis perdue, dans ce monde qui part un peu dans tous les sens, dans ce bruit permanent, dans cette injonction à produire, à performer, à optimiser, à aller plus vite, à faire plus, à être plus. Mais je reste persuadée que quelque chose est toujours là. Quelque chose qui attend. Qui n’attend que d’être appelé.
Quelque chose qui ressemble à du vrai, quelque chose qui te ressemble… alors voici mon message d’espoir dans ce lancement, que je t’écris sur la pointe des pieds au rythme des violons.
Les gens sensibles ne filtrent pas, ils absorbent tout
Voici quelques mots, ceux de l’espoir, ceux de l’amour, ceux de l’acceptation, ceux du pardon, et la promesse de ne pas t’oublier.
Tu es peut-être cette personne que l’on nomme trop sensible, et pourtant tu es peut-être la personne la plus stable dans la pièce Car la douleur, tu la ressens dans ton corps, dans ta chair, dans tes os, au sens littéral. Tu es peut-être cette personne qui est capable d’écrire à propos de la tristesse car tu as déjà senti le désespoir s’installer dans ta poitrine un soir de novembre et depuis refuse de partir. Tu es peut-être cette personne qui n’ose pas écrire la joie parce qu’elle t’envahit sans prévenir dans une rue, un matin, pour rien, pour tout, et que tu la sens dans tout ton être et tu te dis c’est beaucoup trop. A qui en parler? Les personnes les plus sensibles se sentent souvent les moins légitimes de parler de sensibilité. Chère amie voici un espace.
Pourtant ta sensibilité, c’est ton premier matériau pour aimer. Le reste, restera du brouillon et épisodique.
Et je sais que certaines personnes vont lire ça et penser, « oui mais tout le monde ressent des choses », c’est un peu la base de l’humain, tout le monde le vit. Tout le monde a de la peine. Tout le monde a connu la joie. Et c’est vrai.
Mais ce n’est pas de ça dont je parle. Je te parle d’autre chose. Je ne parle pas des sentiments passagers. Je parle des ces gens qui ne filtrent rien, parce que j’ai essayé et j’ai échoué. Je fais partie de ceux qui vivent leurs vies avec les sens saturés de tout, qui ont cette rage, cette joie et cette tristesse mêlées dans leur cœur chaque jour difficiles à contrôler. Ceux qui vivent dans la vague, ceux qui la prennent de plein fouet, et qui ne peuvent pas verrouiller parce que çà serait demander à un poisson d’arrêter de nager, un oiseau d’arrêter de voler. De s’oublier.
Les gens avec ce cœur si sensible remarquent ce que la plupart des gens ratent. Une lumière particulière à dix-sept heures en automne. Une micro-expression sur le visage de quelqu’un dans le métro. Une mélodie qu’on entend deux secondes depuis une fenêtre ouverte et qui reste là pendant trois jours. Une sensation dans l’air avant que l’orage arrive. Une tension dans une pièce que personne d’autre ne semble percevoir. Un regard qui hante des années après, des épisodes que l’on ne peut oublier, une mémoire sensorielle extrêmement fine et qui en fait une danse dans sa tête, une mélodie, une image encore et encore.
La plupart des gens passent à côté, et passent à autre chose. Mais les autres, ils se retrouvent au milieu d’une foule qui vont et viennent. Ce sentiment d’être perdu en étant entouré. Mon peuple, c’est ces personnes, ces âmes qui entendent tout, et particulièrement le son de leur coeur.
Incapables de filtrer ces émotions. Parce que le cerveau humain est une machine à filtrer, à hiérarchiser, à ignorer ce qui ne semble pas urgent. C’est un mécanisme de survie. C’est intelligent. C’est efficace.
Mais pour ces gens là ça ne marche pas comme ça.
Ils absorbent en continu, à un volume maximum qui rendrait dingue n’importe quelle personne .
Pendant qu’ils marchent dans la rue, pendant qu’ils font la queue au supermarché, pendant qu’ils ont une conversation banale, ils enregistrent tout. Ce qu’ils voient, ce qu’ils écoutent, ce qu’ils entendent, ce qu’ils ne devraient pas pouvoir entendre mais qui passe quand même. Les non-dits. Les silences. L’espace entre les mots. les lumières, les apparitions, les situations incongrues, parce que le merveilleux il vient de cet espace.
Créer c’est mettre une pièce de soi sur la table, et On t’a demandé de t’endurcir
Créer est à la portée de tout le monde et encore plus avec l’outil informatique actuel. Mais créer n’est pas juste faire quelque chose et s’en contenter, ce n’est pas non plus se contenter de produire un contenu et de s’en gargariser à l’image de la case cochée sur la to-do list. Le monde est arrivé à un tournant où créer est devenu un calendrier éditorial, borné, noté, évalué, ou répondre à un brief optimisé pour un algorithme.
On a complètement effacé cette partie de la création, qui est celle de mettre une pièce de soi sur la table. ces instants de vie saturés par quelque chose d’autre. Une quantité indéfinie de temps, d’énergie, de nuits courtes et de matins dans le doute, de moments où on se demande pourquoi on fait ça et puis un éclair de quelque chose qui ressemble à de la certitude qui nous fait continuer envers et contre tout.
Car les critiques viendront mais pas des gens sensibles. Parce que les gens qui filtrent ne savent pas ce que ça représente. Ils ne savent pas les couches en dessous. Ils voient le résultat, pas le chemin. Ils voient la surface, pas ce qu’il a fallu traverser pour arriver là.
Et c’est normal, ce n’est pas grave, ce n’est pas leur faute. Ce n’est pas de la tienne non plus, Dans la vie ordinaire aussi les conflits, les mots de travers, restent, longtemps. Trop longtemps, diraient certains.
La plupart des gens passent à autre chose après avoir été ému quelques instants.
Mais pas toi, pas moi… Ce n’est pas parce que les gens sensibles sont dramatiques, ou rancuniers ou je ne sais quelle étiquette on t’a posée. Ni un défaut de caractère à corriger en développement personnel.
Ta fragilité n’est mal gérée ou un manque de recul ou un excès d’ego, comme certains te diront.
Oui, il y a des abus, mais pas de la part de ces personnes, mais si tu me suis, tu sais de quoi je parle. Ton cœur est là pour te permettre de sentir profondément les joies, mais aussi les blessures, la peine, la tristesse, et cela t’offre cette compassion, cette tendresse, ce regard sur le monde qui semble si différent… Tu ne peux pas choisir de l’activer pour le beau et de l’éteindre pour le difficile. Ça ne marche pas comme ça. On te demande d’endurcir, mais c’est renoncer à ce qui te fait toi, ce qui fait que tu es aujourd’hui et demain. Le monde a besoin de ton cœur J’ai besoin que tu brilles pour me montrer le chemin… dans un océan de bruits. Je sais que nous nous cherchons,
Avec ou sans armure. On essaie de ne pas le prendre personnellement. On essaie de se détacher. On essaie d’être comme tout le monde. On avance la tête baissée en regardant les lumières percer à travers les feuilles des arbres.
Mais un jour vient la paix, celle de partager un moment avec une personne qui comprend, qui te regarde, t’observe, et qui finalement viendra te parler des couleurs de la mer. Parce que ressentir tout ça et continuer à se lever le matin, continuer à créer, continuer à aimer, continuer à s’ouvrir malgré tout ce qui invite à se fermer, c’est une forme de courage que la plupart des gens ne voient pas.
Essayer d’être comme tout le monde, ça ne marchera pas pour toi, comme ça n’a pas marché pour moi. Parce que ne pas ouvrir son cœur dans un monde qui va mal, c’est oublier notre part d’humanité et ce qui nous rend bons dans ce que nous faisons.
Les pièces de musique qui te traversent à trois heures du matin. Les livres qui t’ont changé sans que tu saches exactement comment. Les pièces de théâtre où tu as pleuré sans comprendre pourquoi. Les jeux vidéo qui t’ont appris quelque chose sur toi-même que tu n’aurais jamais trouvé autrement, dans lesquels tu passes des heures.
Tout ça, ça a été créé, bâti par des gens qui ressentaient trop, qui tenaient trop, qui ne lâchaient rien. Pas malgré leur sensibilité, mais grâce à leur sensibilité. La sensibilité n’était pas un obstacle à contourner pour eux, c’est le moteur. C’est notre matière première de création,
Au lieu d’essayer de faire taire ce qu’ils ressentaient, ces artistes, ils ont appris difficilement, lentement, à tâtons à en faire quelque chose. Comme toi, comme moi, il y a des captant ces facettes de beauté. La sensibilité, c’est ce dont on crée, c’est la base de tout. ce qui rend ton cœur humain.
Aux rêveurs qui tiennent la lumière dans le noir
Et moi je suis là, prêt à prendre la vague avec toi pour un énième lancement, avec le souffle court et le cœur battant, à m’engouffrer dans des sentiers que je n’ai jamais vraiment explorés, avec le cœur ouvert et la vitesse de l’insouciance, cette liberté un peu folle de se dire tout est à créer. De mes mains. De ma voix. De ce que je suis.
Main dans la main, c’est toutes les facettes de cette sensibilité qui éclatent en plein jour. C’est un univers merveilleux, c’est un état d’âme . Le bon comme le mauvais de ces facettes nous amèneront danser dans ce qui reste à explorer…
Viens avec moi et fait pencher la balance du bon côté, pas plus de bruit, mais plus de douceur, plus d’amour, plus de tendresse, moins de violence, plus d’abris. Des univers qui s’enchaînent avec la douceur d’un repas d’été. Et l’espoir que demain quelque chose en sortira. Je ne sais pas exactement où ce chemin va. Personne ne le sait vraiment.
Mais je sais que si tu es là, et ça me suffit. Si tu as lu jusqu’ici, c’est que quelque chose a résonné en toi, ce texte brouillon écrit comme quelqu’un qui ouvre une voie Et ce quelque chose, c’est ce qui compte, pour tenir la lumière pour ceux qui restent debout dans le noir. Cette lettre est pour les rêveurs, à ceux qui ressentent trop et qui en ont fait leur force sans même s’en rendre compte, à ceux qui cherchent un peu plus de merveilleux dans leur vie ordinaire,
Tu es au bon endroit, merci d’être là.
Quelque chose t’attend ici.
Avec toute la tendresse que j’ai, comme toujours.

